XXIII
A LA VIE DE P. CORNEILLE.
tervalle d’àge qu’entre les sœurs ; ils ont eu un mêmenombre d’enfants ; cen’étoit qu’une même maison, qu’unmême domestique; ils ont parcouru la même carrière.Enfin, après plus de vingt-cinq ans de mariage, les deuxfrères n’avoient pas encore songé à faire le partage desbiens de leurs femmes, situés en Normandie; il ne futfait qu’à la mort de Pierre. (De Boze.)
La distance qui étoit entre l’esprit des deux Corneillen’en mit aucune dans leur cœur. Ils étoient extrême-ment unis, et logeoient ensemble. Thomas avoit le travailinfiniment plus facile que Pierre; et, quand celui-cicherchoit une rime, il levoit une trappe et la demandoità son frère , qui la lui donnoit aussitôt. (Voisexon.)
M. Corneille, cinq ou six ans avant sa mort, disoitqu’il avoit pris congé du théâtre, et que sa poésie s’enétoit allée avec ses dents. (Ciievbeau.)
On a accusé Corneille d’être un homme intéressé etmoins avide de gloire que de gain : Corneille, qu’on saitavoir porté l’indifférence pour l’argent jusqu’à une insen-sibilité blâmable ; qui n’a jamais tiré de ses pièces quece que les comédiens lui donnoient, sans compter aveceux ; qui fut un an sans remercier Colbert du rétablisse-ment de sa pension; qui, après avoir vécu sans faireaucune dépense, est mort sans biens ; Corneille enfinqui a eu le cœur aussi grand que l’esprit, les sentimentsaussi nobles que les idées !
Peu de jours avant sa mort, l’argent manquoit à cetillustre malade, fort éloigné de thésauriser; et le roi,ayant appris du P. La Chaise la situation critique dugrand Corneille, lui envoya deux cents louis. (Le P.Tournemine.)