i ÉPITRE DÉDICATOIRE.
vous donnez toujours libéralement aux véritablesbeautés l’estime qu’elles méritent, les fausses n’ontjamais le pouvoir de vous éblouir. Mais votre généro-sité ne s’arrête pas à des louanges stériles pour lesouvrages qui vous agréent : elle prend plaisir à s’é-tendre utilement sur ceux qui les produisent, et nedédaigne point d’employer en leur faveur ce grandcrédit 1 que votre qualité et vos vertus vous ont ac-quis. J’en ai ressenti des effets qui me sont trop avan-tageux pour m’en taire, et je ne vous dois pas moinsde remercîments pour moi que pour le Cm. C’est unereconnoissance qui m’est glorieuse, puisqu’il m’estimpossible de publier que je vous ai de grandes obli-gations, sans publier en même temps que vous m’avezassez estimé pour vouloir que je vous en eusse. Aussi,Madame, si je souhaite quelque durée pour cet heu-reux effort de ma plume, ce n’est point pour apprendremon nom à la postérité, mais seulement pour laisserdes marques éternelles de ce que je vous dois, et fairelire à ceux qui naîtront dans les autres siècles la pro-testation que je fais d’être toute ma vie ,
Madame,
Votre très humble et très obéissantserviteur,
CORNEILLE.
1 La duchesse d’Aiguillon avait un très grand crédit, en effet, surson oncle le cardinal; et, sans elle, Corneille aurait été entièrementdisgracié : il le fait assez entendre par ces paroles. Ses ennemis achar-nés l’avaient peint comme un esprit altier qui bravait le premier mi-nistre, et qui confondait dans un mépris général leurs ouvrages et legoût de celui qui les protégeait. La duchesse d’Aiguillon rendit , danscette affaire un aussi grand service à son oncle qu’à Corneille : elle luisauva dans la postérité la honte de passer pour l'approbateur de Col-letet et l’ennemi du Cii et de Cinna. (V t/ )