ACTE I, SCÈNE III.
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SCÈNE III.
LE COMTE, D. DIÈGUE.
LE COMTE.
Enfin vous l’emportez, et la faveur du roiVous élève en un rang qui n’étoit dû qu’à moi 1 ;il vous fait gouverneur du prince de Castille.
D. DIÈGUE.
Cette marque d’honneur qu’il met dans ma familleMontre à tous qu’il est juste, et fait connoître assezQu’il sait récompenser les services passés.
LE COMTE.
Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes 2 :
1 La dureté, l’impolitesse, les rodomontades du comte sont, à lavérité, intolérables ; mais songez qu’il est puni.
JY. B. Aujourd’hui, quand les comédiens représentent cette pièce,ils commencent par cette scène*. Il paraît qu’ils ont très grand tort ;car peut-on s’intéresser à la querelle du comte et de don Diègue, si onn’est pas instruit des amours de leurs enfants! L’affront que Gormasfait à don Diègue est un coup de théâtre, quand on espère qu’ils vontconclure le mariage de Chimène avec Rodrigue, Ce m’est point jouerle Ciel, c’est insulter son auteur que de le tronquer ainsi. On ne de-vrait pas permettre aux comédiens d’altérer ainsi les ouvrages qu’ilsreprésentent.
Dans le Cid de Diamante, le roi donne la place de gouverneur deson fils en présence du comte, et cela est encore plus théâtral. Lethéâtre ne reste point vide. Il semble que Corneille aurait dû plutôtimiter Diamante que Castro dans cette intelligence du théâtre.
Au reste, dans les deux pièces espagnoles, le comte de Gormasdonne un soufflet à don Diègue : ce soufflet était essentiel.
Les deux pères disent à peu près les mêmes choses-dans ces deuxscènes et dans les suivantes. Castro, qui vint après Diamante, ne fitpoint difficulté de prendre plusieurs pensées chez son prédécesseur,dont la pièce était presque oubliée. A plus forte raison, Corneille futen droit d’imiter les deux poètes espagnols, et d’enrichir sa languedes beautés d’une langue étrangère. (V.)
2 Cette phrase a vieilli; elle était fort bonne alors : il est honteux
* C’est J.-B. Rousseau qui fît ce changement et qui supprima le rôle derinfante. (P.)