ACTE I, SCÈNE III.
H lira seulement l’histoire de ma vie.
Là, dans un long tissu de belles actions,
Il verra comme il faut dompter des nations,
Attaquer une place, ordonner une armée,
Et sur de grands exploits bâtir sa renommée.
LE COMTE.
Les exemples vivants sont d’un autre pouvoir ;
Un prince dans un livre apprend mal son devoir.
Et qu’a fait, après tout, ce grand nombre d’années,Que ne puisse égaler une de mes journées?
Si vous fûtes vaillant, je le suis aujourd’hui;
Et ce bras du royaume est le plus ferme appui.Grenade et l’Aragon tremblent quand ce fer brille;Mon nom sert de rempart à toute la Castille :
Sans moi, vous passeriez bientôt sous d’autres lois,
Et vous auriez bientôt vos ennemis pour rois.
Chaque jour, chaque instant, pour rehausser ma gloiMet lauriers sur lauriers, victoire sur victoire :
Le prince à mes côtés feroit dans les combatsL’essai de son courage à l’ombre .de mon bras;
Il apprendroit à vaincre en me regardant faire;
Et, pour répondre eu hâte à son grand caractère,
Il verroit...
D. DIÉGUE.
Je le sais, vous servez bien le roi.
Je vous ai vu combattre et commander sous moi :Quand l'âge dans mes nerfs a fait couler sa glace,Votre rare valeur a bien rempli ma place :
Enfin pour épargner les discours superflus,
Vous êtes aujourd’hui ce qu’autrefois je fus.
Vous voyez toutefois qu’en cette concurrenceUn monarque entre nous met quelque différence.
LE COMTE.
Ce que je méritois, vous l’avez emporté.
D. DIÉGUE.
Qui l’a gagné sur vous l’avoit mieux mérité.
LE COMTE.
Qui peut mieux l’exercer en est bien le plus digne.
D. DIÉGUE.
En être refusé n’en est pas un bon signe.