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LE CID.
LE COMTE.
Vous l’avez eu par brigue, étant vieux courtisan.
D. DIÈGUE.
L'éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan.
I.E COMTE.
Parlons-en mieux, le roi fait honneur à votre âge.
D. DIÈGUE.
Le roi, quand il en fait, le mesure au courage.
Ï.E COMTE.
Et par là cet honneur n’étoit dû qu’à mon bras.
n. DIÈGUE.
Qui n’a pu l’obtenir ne le méritoit pas.
LE COMTE.
Ne le méritoit pas! Moi ?
D. DIÈGUE.
Vous.
LE COMTE.
Ton impudence
Téméraire vieillard, aura sa récompense.
, (Tl lui donne un soufflet.)
D. 13ÎÈGUE mettant Vépéc à la main.
Achève, et prends ma vie après un tel affront,
Le premier dont ma race ait vu rougir son front.
LE COMTE.
Et que penses-tu faire avec tant de foiblesse?
D. DIÈGUE.
O Dieu! ma force usée en ce besoin me laisse!
LE COMTE.
Ton épée est à moi; mais tu serois trop vain,
1 On ne donnerait pas aujourd’hui un soufflet sur la joue d’un héros-Les acteurs mêmes sont très embarrassés à donner ce soufflet ; ils fontle semblant. Cela n’est plus même souffert dans la comédie, et c’estle seul exemple qu’on ait sur le théâtre tragique. Il est à croire quec’est une des raisons qui firent intituler le Cid, tragi-comédie. Presquetoutes les pièces de Scudéri et de Boisrobert avaient été des tragi-comédies. On avait cru longtemps en France qu’on ne pouvait sup-porter le tragique continu sans mélange d’aucune familiarité. Le motde tragi-comédie est très ancien ; Plaute l’emploie pour désigner sonAmphitryon, pareeque si l’aventure de Sosie est comique, Amphitryonest très sérieusement affligé. (Y.)