26
LE CID.
D’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d’une juste querelle,
Et malheureux objet d’une injuste riguetir,
Je demeure immobile, et mon aine abattueCède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé, .
O Dieu, l’étrange peine!
En cet affront mon père est l’offensé,
Et l’offenseur le père de Chimène!
Que je sens de rudes combats !
Contre mou propre honneur mon amour s’intéresse :
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse.
L’un m’anime le cœur, l’autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vivre en infame,
Des deux côtés mon mal est infini.
O dieu, l’étrange peine!
Faut-il laisser un affront impuni?
Faut-il punir le père de Cliimène?
Père, maîtresse, honneur, amour,
Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
L’un me rend malheureux, l’autre indigne du jour.
Cher et cruel espoir d’une ame généreuse,
Mais ensemble amoureuse,
Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
Fer qui cause ma peine,
M’es-tu donné pour venger mon honneur?
M’es-tu donné pour perdre ma Chimène?
Il vaut mieux courir au trépas.
Je dois à ma maîtresse aussi bien qu’à mon père ;
jamais changer cette mesure, parceque, s’ils s’expliquaient en prose,ils devraient toujours continuer à parler en prose. Or les vers de sixpieds étant substitués à la prose, le personnage ne doit pas s’écarterde ce langage convenu. Les stances donnent trop l’idée que c’est lepoète qui parle. Cela n’empêche pas que ces stances du. Cid ne soientfort belles, et ne soient encore écoutées avec beaucoup de plaisir. (Y.