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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE VI. 57

Ose-t-il croire encor son crime pardonnable?

n. ARIAS.

Je l’ai de voire part longtemps entretenu.

J'ai fait mon pouvoir, sire, et n’ai rien obtenu.

D. FERNAND.

Justes dieux! ainsi donc un sujet téméraireA si peu de respect et de soin de me plaire!

1) offense doiiDiègue, et méprise son roi!

Au milieu de ma cour il me donne la loi !

Qu’il soit brave guerrier, qu’il soit grand capitaine,

Je saurai bien rabattre une humeur si hautaine;fût-il la valeur même, et le dieu des combats,

11 verra ce que c’est que de n’obéir pas.

Quoi qu’ait pu mériter une telle insolence,

Je l’ai voulu d’abord traiter sans violence;

Mais, puisqu’il en abuse, allez dès aujourd’hui,

Soit qu’il résiste, ou non, vous assurer de lui.

D. SANCHE.

Peut-être un peu de temps le rendrait moins rebelle;

On l’a pris tout bouillant encor de sa querelle;

Sire, dans la chaleur d’un premier mouvement,

Un cœur si généreux se rend malaisément.

Il voit bien qu’il a tort, mais une ante si hauteN’est pas sitôt réduite à confesser sa faute.

D. FERNAND.

Don Sanche, taisez-vous, et soyez averti 1Qu’on se rend criminel à prendre son parti.

D. SANCHE.

J’obéis, et me tais; mais, de grâce encor, sire,

Deux mots en sa défense.

1 Cette scène parait presque aussi inutile que celle de l’infante ;elle avilit d’ailleurs le roi, qui n’est point obéi. Après que le roi a dit,taisez-vous , pourquoi dit-il, le moment d'après, parlez ? et il nerésulte rien de cette scène. [~V.\

Cette scène, loin d’être inutile, annonce le caractère audacieux et laconfiance présomptueuse du jeune don Sanche, qui se flatte, commeon le verra dans le cours de la pièce, non-seulement de venger le comtede Gormas, mais de disputer Chimène à Rodrigue. (P.)

Cette scène est encore indispensable pour préparer l’esprit des spec-tateurs à la descente des Maures, qu’on apprend dans l’acte suivant.