58
LE CID.
D, FERNAND.
Et que pourrez-vous dire?
D. SANCHE.
Qu’uiio amc accoutumée aux grandes actionsNe se peut abaisser à dos submissions :
Elle n’en conçoit point qui s’expliquent sans honte;
Et c’est à ce mot seul qu’a résisté le comte.
Il trouve en son devoir un peu trop de rigueur,
Et vous obéiroit s’il avoit moins de cœur.
Commandez que son bras, nourri dans les alarmes,Répare cette injure à la pointe des armes ;
Il satisfera, sire; et vienne qui voudra,
Attendant qu’il l’ait su, voici qui répondra.
D. FERNAND.
Vous perdez le respect : mais je pardonne à l’âge,
Et j’excuse l’ardeur en un jeune courage.
Un roi donrta prudence a do meilleurs objetsEst meilleur ménager du sang de ses sujets :
Je veille pour les miens, mes soucis les conservent,Comme le chef a soin des membres qui le servent.Ainsi votre raison n’est pas raison pour moi;
Vous parlez en soldat, je dois agir en roi ;
Et, quoi qu’on veuille dire, et quoi qu’il ose croire,
Le comte à m’obéir ne peut perdre sa gloire.
D’ailleurs l’affront me touche; il a perdu d’honneurCelui que de mon fils j’ai fait le gouverneur;
S’attaquer à mon choix, c’est se prendre à moi-môme,Et faire un attentat sur le pouvoir suprême.
N’en parlons plus. Au reste, on a vu dix vaisseaux 1 II
I N’est-ce point un grand défaut de parler avec tant d’indifférencedu danger de l’Étati N’aurait-il pas été plus intéressant et plus noblede commencer par montrer une grande inquiétude de l’approche desMaures, et un embarras non moins grand d’être obligé de punir dansle comte le seul homme dont il espérait des services utiles dans cetteconjoncturel N’eût-ce pas même été un coup de théâtre que, dans letemps où le roi eût dit, je n’ai d’espérance que dans le comte , on luilût venu dire, Le comte est mort l Cette idée même n’eût-elle pasdonné un nouveau prix au service que rend ensuite Rodrigue, en fai-sant plus qu’on n’espérait du comte!
II faut observer encore qu’au reste signifie quant a ce qui reste : il