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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE VIII. 41

D. DIÈGUE.

Ah ! sire, écoutez-nous.

CHIMÈNE.

Je me jette à vos pieds.

D. DIÈGUE.

J’embrasse vos genoux.

CHIMÈNE.

Je demande justice.

D. DIÈGUE.

Entendez ma défense

CHIMÈNE.

D'un jeune audacieux punissez l’insolence :

Il a de votre sceptre abattu le soutien,

Il a tué mon père.

D. DIÈGUE.

H a vengé le sien.

CHIMÈNE.

Au sang de ses sujets un roi doit la justice.

D. DIÈGUE.

Tour la juste vengeance il n’est point de supplice.

D. FERNAND.

Levez-vous l’un et l’autre, et parlez à loisir.

Cbimène, je prends part à votre déplaisir;

D'une égale douleur je sens mon ame atteinte.

(à don Diègiie.)

Vous parlerez après ; ne troublez pas sa plainte.

CHIMÈNE.

Sire, mon père est mort; mes yeux ont vu son sangCouler à gros bouillons de son généreux flanc ;

Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles,

Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles,

Ce sang qui tout sorti fume encore de courroux 1

qu’elle adore : c’est peut-être la plus belle des situations. Quand, dansl’amour, il ne s’agit que de l’amour, cette passion n’est pas tragique.Monime aimera-t-elle Xipharès ou Pharnace ? Antiochus épousera-t-il Bérénice"? bien des gens répondent : Que m’imporleî Mais Chi-mène fera-t-elle couler le sang du Cid? Qui l’emportera d’elle ou dedon Diègue? tous les esprits sont en suspens, tous les cœurs sontémus. (Y.)

1 Scudéri ne reprit point ces hyperboles poétiques qui, n’étant point