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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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LE CID.

Un lâche repentir d’une bonne action.

L’irréparable effet d’une chaleur trop prompteDéshonoroit mon père, et me couvroit de honte.

T il sais comme un soufflet touche un homme de cœur,•Pavois part à l’affront, j’en ai cherché l’auteur;

Je l’ai vu, j’ai vengé mon honneur et mon père;

Je le ferois encor si j’avois à le faire :

Ce n'est pas qu’en effet, contre mon père et moi,

Ma flamme assez longtemps n’ait combattu pour toi ;Juge de son pouvoir : dans une telle offenseJ’ai pu délibérer si j’en preudrois vengeance.

Réduit à te déplaire, ou souffrir un affront,

J’ai pensé qu’à son tour mou bras étoit trop prompt,

Je me suis accusé de trop de violence ;

Et ta beauté, sans doute, emportoit la balance,

A moins que d’opposer à tes plus forts appasQu’un homme sans honneur ne te méritoit pas;

Que malgré cette part que j’avois en ton ame,

Qui m’aima généreux me haïroit infame;

Qu’écouter tou amour, obéir à sa voix,

C’étoit m’en rendre indigne et diffamer ton choix.

Je te le dis encore, et, quoique j’en soupire,

Jusqu’au dernier soupir je veux bien le redire;

Je t’ai fait une offense, et j’ai dû m’y porterPour effacer ma honte et pour te mériter;

Mais, quitte envers l’honneur, et quitte envers mon père,C’est maintenant à toi que je viens satisfaire :

C’est pour t’offrir mon sang qu’en ces lieux tu me vois.J’ai fait ce que j’ai dû, je fais ce que je dois.

Je sais qu’un père mort t’arme contre mon crime;

Je ne l’ai pas voulu dérober ta victime :

Immole avec courage au sang qu’il a perduCelui qui met sa gloire à l’avoir répandu.

CHIMÈNK.

Ah, Rodrigue! il est vrai, quoique ton ennemie,

Je ne te puis blâmer d’avoir fui l’infamie;

Et, de quelque façon qu’éclatent mes douleurs,

Je ne t’accuse point, je pleure mes malheurs.

Je sais ce que l’honneur, après un tel outrage,

Demandoit à l’ardeur d’un généreux courage :