ACTE III, SCÈNE IV. 51
CHIMÈNE.
Je me meurs.
D. RODRIGUE.
Un moment.
chimène.
Va, laisse-moi mourir.
D. RODRIGUE.
Quatre mots seulement ;
Après, ne ine réponds qu’avecque cette épée.
CHIMÈNE.
Quoi! du sang de mon père encor toute trempée!
D. RODRIGUE.
Ma Chimène...
CHIMÈNE.
Ote-moi cet objet odieux,
Qui reproche ton crime et ta vie à mes yeux.
D. RODRIGUE.
Itegarde-Ie plutôt pour exciter ta haine,
Pour croître ta colère, et pour hâter ma peine.
CHIMÈNE.
Il est teint dp mon sang.
D. RODRIGUE.
Plonge-le dans le mien;
Et fais-lui perdre ainsi la teinture du tien 1 Il .
CHIMÈNE.
Ah! quelle cruauté, qui tout en un jour tueI.e père par le fer, la fille par la vue !
Ote-moi cet objet, je ne le puis souffrir :
Tu veux que je t’écoute, et tu me fais mourir!
D. RODRIGUE.
Je fais ce que tu veux, mais sans quitter l’envieDe finir par mes mains ma déplorable vie;
Car enfin n’attends pas de mon affection
1 Cela n’a point été repris par l’Académie ; mais je doute que cetteteinture réussît aujourd’hui. Le désespoir n’a pas de réflexions sifines, et j’oserais ajouter si fausses : une épée est également rougie dequelque sang que ce soit; ce n’est point du tout une teinture diffé-rente. Tout ce qui n’est pas exactement vrai révolte les bons esprits.
Il faut qu’une métaphore soit naturelle, vraie, lumineuse, qu'elleéchappe à la passion. (V.)