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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE IH, SCÈNE VI. 59

Dans une heure à nos murs les amènent sans bruit.

La cour est en désordre, et le peuple en alarmes;

On n’entend que des cris, on ne voit que des larmes.

Dans ce malheur public mon bonheur a permis 1Que j'ai trouvé chez moi cinq cents de mes amis,

Qui, sachant mon affront, poussés d’un même zèle,

Se venoient tous offrir à venger ma querelle.

Tu les as prévenus; mais leurs vaillantes mainsSe tremperont bien mieux au sang des Africains.

Va marcher à leur tête, où Thonneur te demande;

C’est toi que veut pour chef leur généreuse bande.

De ces vieux ennemis va soutenir l’abord ;

Là, si tu veux mourir, trouve une belle mort;l’rends-en l’occasion, puisqu’elle t’est offerte ;

Tais devoir à ton roi son salut à ta perte;

Mais reviens-en plutôt les palmes sur le front.

Ne,borne pas ta gloire à venger un affront,l’orte-la plus avant; force par ta vaillanceCe monarque au pardon, et Chimène au silence;

Si tu l’aimes, apprends que revenir vainqueur,

C’est l’unique moyen de regagner son cœur.

Mais le temps est trop cher pour le perdre en paroles;

Je t’arrête en discours, et je veux que tu voles.

Viens, suis-moi, va combattre, et montrer à ton roiQue ce qu’il perd au comte, il le recouvre en toi.

1 Yous verrez dans la critique de Scudéri qu’il condamne l’assembléede ces cinq cents gentilshommes, et que l’Académie l’approuve. C’estun trait fort ingénieux, inventé par l’auteur espagnol, de faire venircotte troupe pour une chose, et de l’employer pour une autre. [V.j

FIN DV TROISIÈME ACTE.