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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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LE CID.

I>. RODRIGUE.

Sous moi donc cette troupe s’avance,

Et porte sur le front une mâle assurance.

Nous partîmes cinq cents; mais, par un prompt renfort,Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port',

Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,

Les plus épouvantés reprenoicnt de courage!

J’en cache les deux tiers, aussitôt qu’arrivés,

Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés :

Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure,

Brillant d’impatience, autour de moi demeure,

Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit,

Tasse une bonne part d'uue si belle nuit.

Far mon commandement la garde en fait de même,

Et, se tenant cachée, aide à mon stratagème ;

Et je feins hardiment d’avoir reçu de vousL’ordre qu’on me voit suivre et que je donne à tous,dette obscure clarté qui tombe des étoilesEnfin avec le flux nous lit voir trente voiles;

L’onde s’entle dessous, et d’un commun effortLes Maures et la mer montent jusques au port.

On les laisse passer; tout leur paroît tranquille;

1 L’Académie n’a point repris cet endroit, qui consiste à substituerJ’aoriste au simple passé. Je vis, je fis, j’allai, je partis, ne peut sedire, d’une chose faite le jour où l’on parle. Plût à Dieu que cette li-cence fût permise en poésie! car nous nous sommes vus cinq cents rnous sommes partis, est bien languissant; on eût pu dire :

Mous n'étions que cinq cents; mais, par un prompt renfort,

Xous nous \oyons trois mille eu arrivant au port,

L’Académie ne prononça point sur cette faute, uniquement par litraison que Scudéri ne l'avait pas relevée et qu'elle se borna, comme jel’ai déjà dit, à juger entre Corneille et Scudéri. |Y.)

Voltaire ne se rappeloit donc pas que nos meilleurs poètes avoientconsacré cette licence, qui par conséquent cesse d’en être une. Dans lerécit de la mort d’TTippolyte, Racine fait dire à Théramènc, on par-lant de ce qu’il vient de voir à l’instant même :

Le flot qui l'apporta recule épouvanté;

etî'abbé' d’Oliveî, qui nYtoit que grammairien, mais qui ne manquoitpas de g)ût, ne lui reproche point cet aoriste. P.)