ACTE IV, SCÈNE III. f,7
Point, de soldats au port, point aux murs de la ville.
Notre profond silence abusant leurs esprits,
Ils n’osent plus douter de nous avoir surpris;
Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent,
Et courent se livrer aux mains qui les attendent.
Nous nous levons alors, et tous en même tempsPoussons jusques au ciel mille cris éclatants;
Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent;
Ils paroissent armés, les Maures se confondent,
L'épouvante les prend à demi descendus;
Avant que de combattre, ils s’estiment perdus.
Ils couroient au pillage, et rencontrent la guerre ;
Nous les pressons sur l’eau, nous les pressons sur terre,
Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sangAvant qu’aucun résiste ou reprenne son rang.
Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient,
Leur courage renaît, et leurs terreurs s’oublient :
La honte de mourir sans avoir combattuArrête leur désordre, et leur rend leur vertu.
Contre nous de pied ferme iis tirent leurs alfanges ' :
De notre sang au leur font d’horribles mélanges;
Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port,
Sont des champs de, carnage où triomphe la mort.
O combien d’actions, combien d’exploits célèbresSont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres,
Où chacun, seul témoin des grands coups qu’il donnoit,
Ne pouvoit discerner où le sort inelinoit !
J’allois de tous côtés encourager les nôtres,
Faire avancer les uns, et soutenir les autres,
Ranger ceux qui venoient, les pousser à leur tour;
Et ne l’ai pu savoir jusques au point du jour.
Mais enfin sa clarté montre notre avantage ;
Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage :
Et, voyant un renfort qui nous vient secourir,
L’ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.
Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles,Poussent jusques aux deux des cris épouvantables,
1 Alfange est un mot espagnol qui signifie sabre , cimeterre, coutelasL’épée étoit alors une arme inconnue aux Maures.