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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE V, SCÈNE I.

Et ma fidèle ardeur sait bien m’ôter l’envie,

Quand vous cherchez ma mort, de défendre ma vie.

J’ai toujours même cœur; mais je n’ai point de brasQuand il faut conserver ce qui ne vous plaît pas;

Et déjà cette nuit m’auroit été mortelle,

Si j’eusse combattu pour ma seule querelle;

Mais défendant mon roi, son peuple et mou pays,

À me défendre mal je les aurois trahis.

Mon esprit généreux ne hait pas tant la vie,

Qu’il en veuille sortir par une perfidie :

Maintenant qu’il s’agit de mon seul intérêt,

Vous demandez ma mort, j’en accepte l’arrêt.

Votre ressentiment choisit la main d’un autre :

Je ne mèritois pas de mourir de la vôtre.

On ne me verra point en repousser les coups;

Je dois plus de respect à qui combat pour vous;

Et, ravi de penser que c’est de vous qu’ils viennent,Puisque c’est votre honneur que ses armes soutiennent,Je lui vais présenter mon estomac ouvert,

Adorant en sa main la vôtre qui me perd *.

CHIHÉNK.

Si d’un triste devoir la juste violence,

Qui me fait malgré moi poursuivre ta vaillance,Prescrit à ton amour une si forte loi,

Qu’il te rend sans défense à qui combat pour moi,

En cet aveuglement ne perds pas la mémoireQu’ainsi que de ta vie il y va de ta gloire,

Et que, dans quelque éclat que Rodrigue ait vécu,Quand on le saura mort, ou le croira vaincu.

Ton honneur t’est plus cher que je ne te suis chère,

1 C’est dommage que ces sentiments ne soient point du tout natu-rels. Il paraît assez ridicule de dire qu'il doit du respect à don Sanche,et qu’il va lui présenter son estomac ouvert. Ces idées sont prises dans-ées misérables romans qui n’ont rien de vraisemblable, ni dans lesaventures, ni dans les sentiments, ni dans les expressions : tout étaithors delà nature dans ees impertinents ouvrages qui gâtèrent si long-temps le goût de la nation. Un héros n’osait ni vivre ni mourir sansle congé de sa dame. Scqdéri n’avait garde de condamner ces idéesromanesques dans Corneille, lui qui en avait rempli ses ridicules ou-vrages. (Y.)