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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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SI

'ACTE V, SCENE IV.

Je ne sais qu'espérer, et je vois tout à craindre;

Aucun vœu ne m'échappe où j’ose consentir ;

Je ne souhaite rien sans un prompt repentir.

A deux rivaux pour moi je fais prendre les armes :

Le plus heureux succès me coûtera des larmes;

Et, quoi qu’en ma faveur en ordonne le sort,

Mon père est sans vengeance, ou mon amant est mort.

ELVlIiE.

D’un et d’autre côté je vous vois soulagée 1 :

Ou vous avez Rodrigue, ou vous ôtes vengée;

Et quoi que le destin puisse ordonner de vous,il soutient votre gloire et vous donne un époux.

chimère.

Quoi ! l’objet de ma baine, ou de tant de colère !

L’assassin de Rodrigue, ou celui de mon père !

De tous les deux côtés ou me donne un mariEncor tout teint du sang que j’ai le plus chéri.

De tous les deux côtés mon ante se rebelle.

Je crains plus que la mort la (in de ma querelle.

Allez, vengeance, amour, qui troublez mes esprits,

Vous n’avez point pour moi de douceurs à ce prix :

Et toi, puissant moteur du destin qui m’outrage,

Termine ce combat sans aucun avantage,

Sans faire aucun des deux ni vaincu ni vainqueur.

ELVIItE.

Ce seroit vous traiter avec trop de rigueur.

Ce combat pour votre ame est un nouveau supplice,

S’il vous laisse obligée à demander justice,

I Les raisonnements d’Elvire, dans cette scène, semblent un peu sccontredire. D’abord elle dit à Cbimène qu’elle sera soulagée des deuureolés. Ensuite :

Et nous verrons du ciel l’équitable courronsVous laisser, par sa mort, don Sancite pour époux.

II est probable que ces raisonnements d’Elvire contribuent un peua refroidir cette scène ; mais aussi ils contribuent beaucoup à îaverCbimène de l'affront que les critiques injustes lui ont fait de se con-duire en fille dénaturée ; car le spectateur est du parti d’Elvire contreCbimène ; il trouve, comme Elvire, que Cbimène en a fait assez, etqu’elle doit s’en remettre à l’événement, du combat. ( V.}