LE CID.
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P. FEKNAHD.
Le temps assez souvent a vendu légitime
Ce qui sembloit d’abord ne se pouvoir sans crime;
Rodrigue t’a gagnée, et tu dois être à lui.
Mais, quoique sa valeur t’ait conquise aujourd’hui,
Il faudrait que je fusse ennemi de ta gloirePour lui donner sitôt le prix de sa victoire.
Cet hymen différé ne rompt point une loiQui, sans marquer de temps, lui destine ta foi.
Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes.Rodrigue, cependant, il faut prendre les armes.
Après avoir vaincu les Maures sur nos bords,
Renversé leurs desseins, repoussé leurs efforts,
Va jusqu’en leur pays leur reporter la guerre,Commander mon armée, et ravager leur terre.
A ce seul nom de Cid ils trembleront d'effroi;
Ils t’ont nommé seigneur, et te voudront pour roi.Mais parmi tes hauts faits sois-lui toujours fidèle :Reviens-en, s’il se pent, encor plus digne d’elle ;
Et par tes grands exploits fais-toi si bien priser,
Qu’il lui soit glorieux alors de l’épouser.
B. RODRIGUE.
Pour posséder Chimène, et pour votre service,
Que peut-on m’ordonner que mon bras n’accomplisse?Quoi qu’absent de ses yeux il me faille endurer,
Sire, ce m’est trop d’heur de pouvoir espérer.
D. FEHNAXD.
Espère en ton courage, espère en ma promesse;
vrage par les fondements, ou qui détruise l’intérêt ; car un rôle inutilepeut être retranché, et nous en avons plus d’un exemple. Il est pos-sible, à toute force, que le roi de Castille manque de prudence et deprécaution, et que don Sanche, étourdi de l’emportement de Chimène,n’ose point l'interrompre pour la détromper : ce sont des invraisem-blances, mais non pas des absurdités.
Concluons que, dans le Cid , le choix du sujet, que l’on a blâmé,est un des grands mérites du poète. C’est à mon gré le plus beau, leplus intéressant que Corneille ait traité. Qu’il l’ait pris à Guillem deCastro, peu importe : on ne sauroit trop répéter que prendre ainsiaux étrangers ou aux anciens pour enrichir sa nation, sera toujoursun sujet de gloire, et non pas de reproche. (La H.)