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ACTE V, SCÈN'E VII.
Si Rodrigue à l’Élat devient si nécessaire,
De ce qu’il fait pour vous dois-je être le salaire,Et me livrer moi-même au reproche éternelD’avoir trempé mes mains dans le sang paternel 1 ?
1 II semble que ces derniers beaux vers que dit Chimène la justi-fient entièrement. Elle n'épouse point le Cid; elle fait meme des re-montrances au roi. J’avoue que je ne conçois pas comment on a pul’accuser d’indécence, au üeu de la plaindre et de l’admirer. Elle dit àla vérité au roi : C’est à moi d’obéir ; mais elje ne dit pas : J'obéirai.Le spectateur sent bien pourtant qu’elle obéira ; et c’est en cela, ce mesemble, que consiste la beauté du dénouement.
La réponse du roi et les derniers vers qu’il prononce achèvent dejustifier Corneille. Comment pouvait-on dire que Chimène était unefille dénaturée, quand le roi lui-même n’espère rien pour Rodrigueque du temps, de sa protection, et de la valeur do co héros? jV.i
Ce qu’on peut reprocher avec raison à Corneille, c'est 1« le rôle del’infante, qui a le double inconvénient d’être absolument inutile, et devenir se mêler mal à propos aux situations les plus intéressantes.
L’imprudence du roi de Castille, qui ne prend aucune mesurepour prévenir la descente des Maures, quoiqu’il en soit instruit àtemps, et qui, par conséquent, joue un rôle peu digne de la royauté.
3o L’invraisemblance de la scène où don Sanche apporte son épéeà Chimène, qui se persuade que Rodrigue est mort, et persiste dansune méprise beaucoup trop prolongée, et dont un seul mot pouvait latirer. On voit que l’auteur s’est servi de ce moyen forcé pour amenerle désespoir de Chimène jusqu’à l’aveu public de son amour pour Ro-drigue, et affoiblir ainsi la résistance qu’elle oppose au roi, qui veutl’unir à son amant. Mais il ne paroît pas que ce ressort fût nécessaire,et la passion de Chimène étoit suffisamment connue.
4« La violation fréquente de cette règle essentielle qui défend delaisser jamais la scène vide, et que les acteurs entrent et sortent sansse parler ou sans se voir.
oo La monotonie qui se fait sentir dans toutes les scènes entre Chi-mène et Rodrigue, où ce dernier offre continuellement de mourir.J’ignore si, dans le plan de l’ouvrage, il étoit possible de faire autre-ment; j’avouerai aussi que Corneille a mis beaucoup d’esprit etd’adresse à varier, autant qu’il le pouvoit, par les détails, cette uni-formité de fond ; mais enfin elle se fait sentir, et Voltaire ajoute avecraison que Rodrigue, offrant toujours sa vie à sa maîtresse, a unetournure un peu trop romanesque.
Voilà, ce me semble, les vrais défauts qu’on peut blâmer dans laconduite du Cid : ils sont assez graves. Remarquons pourtant qu’iln’y en a pas un qui soit capital, c’est-à-dire qui fasse crouler l’ou-