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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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9t EXAMEN DU CID.

soupirant, de ne le pousser point à bout, parcequ’il a quantitéd’amis dans les Asturies, qui se pourroient révolter, et prendreparti avec les Maures dont son Etat est environné : ainsi il serésout d’accommoder l'affaire sans bruit, et recommande lesecret à ces deux ministres, qui ont été seuls témoins de l’ac-tion. C’est sur cet exemple que je me suis cru bien fondé àle faire agir plus mollement qu’on ne feroit en ce temps-ci,où l’autorité royale est plus absolue. Je ne pense pas non plusqu’il fasse une faute bien grande de ne jeter point l’alarme,de nuit, dans sa ville, sur l’avis incertain qu’il a du desseindes Maures, puisqu’on faisoit bonne garde sur le mur et surle port ; mais il est inexcusable de n’y donner aucun ordreaprès leur arrivée, et de laisser tout faire à Rodrigue. La loidu combat qu’il propose à Chimènc avant que de le per-mettre à don Sanche contre Rodrigue n’est pas si injusteque quelques uns ont voulu le dire, parcequ’elle estune menace pour la faire dédire de la demande de ce combat,qu’un arrêt qu’il lui veuille faire exécuter. Cela paroît en cequ’après la victoire de Rodrigue il n’en exige pas précisé-ment l’effet de sa parole, et la laisse en étal d’espérer que.cette condition n’aura point de lieu.

Je ne puis dénier que la règle des vingt-quatre heurespresse trop les incidents de cette pièce. La mort du comteet l’arrivée des Mauves s’y pouvoient entresuivre d’aussi prèsqu’elles font, pareeque cette arrivée est une surprise qui n’apoint de communication ni de mesures à prendre avec lereste ; mais il n’en va pas ainsi du combat de don Sanche,dont le roi étoit le maître, et pouvoit lui choisir un autretemps que deux heures après la fuite des Maures. Leurdéfaiteavoit assez fatigué Rodrigue toute la nuit pour mériter deuxou trois jours de repos; et même il y avoit quelque apparencequ’il n’en étoit pas échappé sans blessures, quoique je n’enaie rien dit, parcequ’elles n’auroieot fait que nuire à la con-clusion de l’action.

Cette même règle presse aussi trop Chimène de demanderjustice au roi la seconde fois. Elle l’avoit fait le soir d’au-