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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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192 HPITRE

éloge, « qu’il n’y a presque aucune chose plus noble« dans toute l’antiquité. » Je voudrais que ce qu’il adit de l’action se pût dire de la peinture que j’en aifaite, non pour en tirer plus de vanité, mais seule-ment pour vous offrir quelque chose un peu moinsindigne de vous être offert. Le sujet étoit capable deplus de grâces, s’il eût été traité d’une main plus sa-vante; mais du moins il a reçu de la mienne toutescelles qu’elle étoit capable de lui donner, et qu’onpouvoit raisonnablement attendre d’une muse de pro-vince i, qui, n’étant pas assez heureuse pour jouir sou-vent des regards de Votre Éminence, n’a pas les mêmeslumières à se conduire qu’ont celles qui en sont conti-nuellement éclairées. Et certes, Monseigneur, ce chan-gement visible qu’on remarque en mes ouvrages depuisque j’ai l’honneur d’être 2 à Votre Éminence, qu’est-ceautre chose qu’un effet des grandes idées qu’elle m’in-spire quand elle daigne souffrir que je lui rende mesdevoirs ; et à quoi peut-on attribuer ce qui s’y mêle demauvais, qu’aux teintures grossières que je reprendsquand je demeure abandonné à ma propre foiblesse?Il faut, Monseigneur, que tous ceux qui donnent leursveilles au théâtre publient hautement avec moi que

4 Corneille demeurait à Rouen, et ne venait à Paris que pour yfaire jouer ses pièces, dont il tirait un profit qui ne répondait point dutout à leur gloire et à l’utilité dont elles étaient aux comédiens. JY.)

2 Je ne sais ce qu’on doit entendre par ces mots, être a Votre Emi-nence. Le cardinal de Richelieu faisait au grand Corneille une pensionde cinq cents écus, non pas au nom du roi, mais de ses propres de-niers. Cela ne se pratiquerait pas aujourd’hui : peu de gens de lettresvoudraient accepter une pension d’un autre que de Sa Majesté, oud’un prince. Mais il faut considérer que le cardinal de Richelieu étaitroi en quelque façon ; il en avait la puissance et l’appareil.

Cependant une pension de cinq cents écus, que le grand Corneillefut réduit à recevoir, ne paraît pas un titre suffisant pour qu’il dît :J'ai l'honneur d’être à Votre Eminence . (Y.)