HORACE
ACTE PREMIER.
SCÈNE I.
SABINE 2 , JULIE.
SABINE.
Approuvez ma foiblesse, et souffrez ma douleur;
Elle n’est que trop juste en un si grand malheur :
1 C’est le titre que Corneille donna toujours à cette tragédie. Celuides Horaces a prévalu depuis dans la conversation et sur les affichesdes spectacles. Ainsi, l’usage étend son empire même sur des objetsqui ne sont pas de sa compétence. (P.)
Si on reprocha à Corneille d’avoir pris dans les Espagnols les beautésles plus touchantes du Cid, on dut le louer d’avoir transporté sur lascène française, dans les Horaces, les morceaux les plus éloquents deTite-Live, et même de les avoir embellis. On sait que quand on lemenaça d’une seconde critique sur la tragédie des Horaces, semblableà celle du Cid , il répondit : « Horace fut condamné par les duumvirs,i< mais 11 fut absous par le peuple. » Horace n’est point encore unetragédie régulière, mais on y verra des beautés d’un genre supérieur.
CV-)
2 Corneille, dans l’examen des Horaces, dit que le personnage de
Sabine est heureusement inventé, mais qu’il ne sert pas plus à l’actionque l’infante à celle du Cid. j
Il est vrai que ce rôle n’est pas nécessaire à la pièce ; mais j’ose icêtre moins sévère que Corneille : ce rôle est du moins incorporé à latragédie; c’est une femme qui tremble pour son mari et pour sonfrère. Elle ne cause aucun événement, il est vrai ; c’est un défaut surun théâtre aussi perfectionné que le nôtre ; mais elle prend part à tousles événements, et c’est beaucoup pour un temps où l’art commençaiti naître.
Observez que ce personnage débite souvent de très beaux vers, et