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HORACE.
Si près de voir sur soi fondre de tels orages *,
L’ébranlement sied bien aux plus fermes courages ;
Et l’esprit le plus mâle et le moins abattuNe sauroit sans désordre exercer sa vertu.
Quoique le mien s’étonne à ces rudes alarmes,
Le trouble de mon cœur ne peut rien sur mes larmes 2 ,
Et, parmi les soupirs qu’il pousse vers les cieux,
Ma constance du moins règne encor sur mes yeux :
Quand on arrête là les déplaisirs d’une ame 3 ,
Si l’on fait moins qu’un homme, on fait plus qu’une femme h ;C’est montrer pour le sexe assez de fermeté.
JULIE.
C’en est peut-être assez pour une ame communeQui du moindre péril se fait une infortune;
Mais de cette foiblesse un grand cœur est honteux :
Il ose espérer tout dans un succès douteux.
Les deux camps sont rangés au pied de nos murailles ;
qu’il fait l’exposition du sujet d’une manière très intéressante et trèsnoble.
Mais observez surtout que les beaux vers de Corneille nous ensei-gnèrent à discerner les mauvais. Le goût du public se forma insensi-blement par la comparaison des beautés et des défauts. On désapprouveaujourd’hui cet amas de sentences, ces idées générales retournées entant de manières, l’ébranlement qui sied aux fermes courages, l’espritle plus mâle, le moins abattu : c’est l’auteur qui parle, et c’est lepersonnage qui doit parler. (Y.)
1 Si près de voir n’est pas français : près de veut un substantif :près de la ruine, près d’être ruiné. (Y.)
Il n’est pas vrai que près de ne puisse précéder un verbe ; nos meil-leurs écrivains en offriroient plusieurs exemples ; et, par une contra-diction singulière, Yoltaire le prouve lui-même par les exemples dontil s’appuie. Si près d’être ruiné : être n’est-il pas un verbe 1 ( p.)
2 Un trouble qui a du pouvoir sur des larmes : cela est louche etmal exprimé. (Y.)
3 Quand on arrête là ne serait pas souffert aujourd’hui : c’est uneexpression de comédie. (V.)
Cette expression, quoique simple, n’a rien de choquant, et nous nesavons pourquoi Yoltaire veut la reléguer dans la comédie. (P.)
4 Cette petite distinction, moins qu’un homme, plus qu'une femme .est trop recherchée pour la vraie douleur.
Elle revient encore une troisième fois à la charge pour dire qu’ellene pleure point. (Y.)