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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE I, SCÈNE I. m

Soudain, pour l’étouffer rappelant ma raison,

J’ai pleuré quand la gloire entroit dans leur maison.

Mais aujourd’hui qu’il faut que l’une ou l’autre tombe,Qu’Albe devienne esclave, ou que Rome succombe,

Et qu’après la bataille il ne demeure plusNi d’obstacle aux vainqueurs, ni d’espoir aux vaincus,J’aurois pour mon pays une cruelle haine,

Si je pouvois encore être toute Romaine,

Et si je demandois votre triomphe aux dieux,

Au prix de tant de sang qui m’est si précieux *.

Je m’attache un peu moins aux intérêts d’un homme :

Je ne suis point pour Albe, et ne suis plus pour Rome;

Je crains pour l’une et l’autre en ce dernier effort,

Et serai du parti qu’affligera le sort.

Égale à tous les deux jusques à la victoire 2 ,

Je prendrai part aux maux sans en prendre à la gloire,

Et je garde, au milieu de tant d’âpres rigueurs,

Mes larmes aux vaincus, et ma haine aux vainqueurs 3 .

JULIE.

Qu’on voit naître souvent de pareilles traverses 4 ,

maligne! Elle est naturelle : on pouvait dire, une secrete joie enfaveur de mes frères. Ce mot de maligne joie est bien plus à sa placedans ces deux admirables vers de la Mort de Pompée :

Une maligne joie en son cœur s’élevoit.

Dont sa gloire indignée à peine le sauvoit.

II faut toujours avoir devant les yeux ce passage de Boileau :

D’ un mot mis en sa place enseigna le pouvoir.

C’est ce mot propre qui distingue les orateurs et les poëtes de ceuxqui ne sont que diserts et versificateurs. (Y.,)

1 Ce n’est pas ce tant qui est précieux, c’est le sang ; c’est au prixd’un sang qui m'est si précieux. Le tant est inutile, et corrompt unpeu la pureté de la phrase et la beauté du vers, c’est une très petitefaute. (Y.)

2 Egale a n’est pas français en ce sens. L’auteur veut dire justeenvers tous les deux, car Sabine doit être juste, et non pas indiffé-rente. (Y.)

3 Elle ne doit pas haïr son mari, ses enfants, s’ils sont victorieux :ce sentiment n’est pas permis ; elle devrait plutôt dire sans haïr ' lesvainqueurs. (V.)

* Le lecteur se sent arrêter à ces deux vers ; ces de des embarrassent