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ACTE I, SCÈNE III.
CURUCE.
Il m’a vu comme gendre, avec une tendresseQui témoignoit assez une entière allégresse ;
Mais il ne m’a point vu, par une trahison,
Indigne de l’honneur d’entrer dans sa maison.
Je n’abandonne point l’intérêt de ma ville,
.l'aime encor mon honneur en adorant Camille.
Tant qu’a duré la guerre, on m’a vu constammentAussi bon citoyen que véritable amant.
D’Albe avec mon amour j’accordois la querelle:
Je soupirois pour vous en combattant pour elle ;
Et, s’il falloit encor que l’on en vînt aux coups,
Je combattrois pour elle en soupirant pour vous.
Oui, malgré les désirs de mon ame charmée,
Si la guerre duroit, je serois dans l’armée :
C’est la paix qui chez vous me donne un libre accès.
La paix à qui nos feux doivent ce beau succès.
CAMILLE.
La paix! et le moyen de croire un tel miracle?
JULIE.
Camille, pour le moins croyez-en votre oracle 1 ,
Et sachons pleinement par quels heureux effetsL’heure d’une bataille a produit cette paix.
CORIACE.
L’auroit-on jamais cru ! Déjà les deux armées,
D’une égale chaleur au combat animées,
Se menaçoient des yeux, et marchant fièrement,N’attendoient, pour donner, que le commandement,
Quand notre dictateur devant les rangs s’avance,
Demande à votre prince un moment de silence ;
Et, l’ayant obtenu : « Que faisons-nous, Romains,
« Dit-il, et quel démon nous fait venir aux mains 8 ?
t On sent ici combien Sabine ferait un meilleur effet que la confi-dente Julie. Ce n’est point à Julie à dire, sachons pleinement ; c’esttoujours à la personne la plus intéressée â interroger. (V.)
2 J’ose dire que, dans ce discours imité de Tite-Live, l’auteur fran-çais est au-dessus du romain, plus nerveux, plus touchant ; et, quandon songe qu’il était gêné par la rime et par une langue embarrasséed’articles, et qui souffre peu d’inversions, qu’il a surmonté toutes cesdifficultés, qu’il n’a employé le secours d’aucune épithète, que rien