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HORACE.
Du poids honteux des fers ou du sang des RomainsJ’ai cru que vous aimiez assez Rome et la gloirePour mépriser ma chaîne et haïr ma victoire ;
Et comme également en cette extrémitéJe craignois la victoire et la captivité...
CAMILLE.
Curiace, il suffit, je devine le reste :
Tu fuis une bataille à tes vœux si funeste 1 2 3 ,
Et ton cœur, tout à moi, pour ne me perdre pas,
Dérobe à ton pays le secours de ton bras.
Qu’un autre considère ici ta renommée,
Et te blâme, s’il veut, de m’avoir trop aimée 3 ;
Ce n’est point à Camille à t’en mésestimer ;
Plus ton amour paroît, plus elle doit t’aimer;
Et, si tu dois beaucoup aux lieux qui t’ont vu naître,
Plus tu quittes pour moi, plus tu le fais paroltre.
Mais as-tu vu mon père? et peut-il endurer 4Qu’ainsi dans sa maison tu t’oses retirer ?
Ne préfère-t-il point l’État à sa famille ?
Ne regarde-t-il point Rome plus que sa fille?
Enfin notre bonheur est-il bien affermi ?
T’a-t-il vu comme gendre, ou bien comme ennemi ?
1 Rougir est employé ici en deux acceptions différentes. Les mainsrouges de sang , elles ne sont ronges en un autre sens que quand ellessont meurtries par le poids des fers ; mais cette figure ne manque pasde justesse, pareequ’en effet il y a de la rougeur dans l’un et dansl’autre cas. (Y.)
2 II est bien étrange que Camille interrompe Curiace pour le soup-çonner et le louer d’être un lâche. Ce défaut est grand, et il était aisé del’éviter. Il était naturel que Curiace dît d’abord ce qu’il doit dire ; qu’ilne commençât point par répéter les vers de Camille, par lui dire qu’ila cru que Camille aimoil Rome et la gloire , quelle mépriserait sachaîne , et haïroit sa victoire; et que, comme il craint la victoire etla captivité ... etc. De tels propos ne sont pas à leur place ; il faut allerau fait : Semper ad eventum festinet . (Y.)
3 Ces vers condamnent trop l’idée de Camille, que son amant esttraître à son pays. Il fallait supprimer toute cette tirade. (Y.)
4 Ce mot endurer est du style de la comédie : on ne dit que dans lediscours le plus familier, f endure que, je n’endure pas que. Le termeendurer ne s’admet dans le style noble qu’avec un accusatif, tes peinesque j’endure. (V.)