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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE III.

Sans souhait toutefois de pouvoir reculer.

Ce triste et fier honneur m’émeut sans m’ébranler :J’aime ce qu’il me donne, et je plains ce qu’il m’ôte;Et si Rome demande une vertu plus haute,

Je rends grâces aux dieux de n’étre pas Romain,

Pour conserver encor quelque chose d’humain 1 .

HORACE.

Si vous n’êtes Romain, soyez digne de l’être;

Et, si vous m’égalez, faites-le mieux paroître.

La solide vertu dont je fais vanité 2N’admet point de foiblesse avec sa fermeté;

El c’est mal de l’honneur entrer dans la carrièreQue dès les premiers pas regarder en arrière.

Notre malheur est grand; il est au plus haut point;Je l’envisage entier, mais je n’en frémis point :Contre qui que ce soit que mon pays m’emploie,J’accepte aveuglément celte gloire avec joie;

Celle de recevoir de tels commandementsDoit étouffer en nous tous autres sentiments.

Qui, près de le servir, considère autre chose,

A faire ce qu’il doit lâchement se dispose ;

Ce droit saint et sacré rompt tout autre lien.

Rome a choisi mon bras, je.n’examine rien.

Avec une allégresse aussi pleine et sincèreQue j’épousai la sœur, je combattrai le frère ;

Et, pour trancher enfin ces discours superflus,

Albe vous a nommé, je ne vous connois plus 3 .

1 Cette tirade fît un effet surprenant sur tout le public, et les douxderniers vers sont devenus un proverbe, ou plutôt une maxime admi-rable. (V.)

2 IJ y a ici une sorte de contradiction dans les termes. On ne peutfaire vanité de ce qui est s olide; il falloit -, Dont je me fais un devoir ,ou dont je fais gloire. (La H.)

3 A ces mots, je ne vous connois plus , — je vous connois encore , onse récria d’admiration ; on n’avait jamais rien vu de si sublime : il n’ya pas dans Longin un seul exemple d’une pareille grandeur. Ce sontces traits qui ont mérité à Corneille le nom de grand, non-seulementpour le distinguer de son frère, mais du reste des hommes. Une tellescène fait pardonner mille défauts. (V.) — "Voilà une remarque quiprouve combien Voltaire étoit digne dejuger Corneille. Il loue le génie