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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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HORACE.

Le frère d’une femme et l’amant d’une sœur;

Et, rompant tous ces nœuds, s’armer pour la patrieContre un sang qu’on voudroit racheter de sa vie ;

Une telle vertu n’appartenoit qu’à nous.

L’éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux,

Et peu d’hommes au cœur l’ont assez impriméePour oser aspirer à tant de renommée.

CURIACE.

Il est vrai que nos noms ne sauroient plus périr;

L’occasion est belle, il nous la faut chérir.

Nous serons les miroirs d’une vertu bien rare.

Mais votre fermeté tient un peu du barbare ;

Peu, même des grands cœurs, tireroieut vanitéD’aller par ce chemin à l’immortalité :

A quelque prix qu’on mette une telle fumée,

L’obscurité vaut mieux que tant de renommée.

Pour moi, je l’ose dire, et vous l’avez pu voir,

Je n’ai point consulté pour suivre mon devoir;

Notre longue amitié, l’amour, ni l’alliance,

N’ont pu mettre un moment mon esprit en balance ;

Et puisque par ce choix Albe montre en effetQu’elle m’estime autant que Rome vous a fait 1 ,

Je crois faire pour elle autant que vous pour Rome ;

J’ai le cœur aussi bon, mais enfin je suis homme :

Je vois que votre honneur demande tout mon sang,

Que tout le mien consiste à vous percer le flanc,

Près d’épouser la sœur, qu’il faut tuer le frère,

Et que pour mon pays j’ai le sort si contraire :

Encor qu’à mon devoir je coure sans terreur,

Mon cœur s’en effarouche, et j’en frémis d’horreur;

J’ai pitié de moi-même, et jette un œil d’envie,

Sur ceux dont notre guerre a consumé la vie,

1 .Albe montre en effet

Qu’elle m’estime autant que Rome vous a fait,

n’est pas français. On peut dire en prose, et non en vers : Tai dû vousestimer autant que je fais, ou autant que je le fais; mais non pas au-tant que je vous fais; et le mot faire, qui revient immédiatement après,est encore une faute : mais ce sont des fautes légères qui ne peuventgâter une si belle scène. {.V.)