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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE II, SCÈNE VI. u\

Il revient : quel malheur, si l’amour de sa femmeNe peut non plus sur lui que le mien sur ton ame > !

SCÈNE YI.

HORACE, SABINE, CURIACE, CAMILLE.

CURIACE.

Dieux J Sabine le suit ! Pour ébranler mon cœur,

Est-ce peu de Camille? y joignez-vous ma sœur?

Et, laissant à ses pleurs vaincre ce grand courage,L’amenez-vous ici chercher même avantage ?

SABINE.

Non, non, mon frère, non, je ne viens en ce lieu âQue pour vous embrasser et pour vous dire adieu.

Votre sang est trop bon, n’en craignez rien de lâche,

Rien dont la fermeté de ces grands cœurs se fâche 3 :

1 .Quel malheur, si l’amour de sa femme

Ne peut non plus sur lui que le mien sur ton ame !

n’est pas français ; la grammaire demande, ne peut pas plus sur lui.Ces deux vers ne sont pas faits. Il ne faut pas s’attendre à trouverdans Corneille la pureté, la correction, l’élégance du style : ce méritene fut connu que dans les beaux jours du siècle de Louis XIV. C’estune réflexion que les lecteurs doivent faire souvent pour justifier Cor-neille, et pour excuser la multitude des notes du commentateur. (V.)

2 Ces trois non, et en ce lieu , font un mauvais effet. On sent que lelieu est pour la rime, et les non redoublés pour le vers. Ces négli-gences, si pardonnables dans un bel ouvrage, sont remarquées aujour-d’hui. Mais ces termes, en ce lieu, en ces lieux , cessent d’être uneexpression oiseuse, une cheville, quand ils signifient qu’on doit êtreen ce lieu plutôt qu’ailleurs. (V.) — Pourquoi ces non redoublés se-roient-ils pour la mesure du vers ? Corneille étoit-il donc réduit à cesmisérables ressources! cette répétition, que le public n’a jamaisdésapprouvée, lui parut permise à la passion, ou du moins il la jugeasans inconvénient. Voltaire pouvoit-il descendre à des remarques siminutieuses! (P.)

* Se fâche est trop faible, trop du style familier; mais le lecteurdoit examiner quelque chose de plus important ; il verra que cettescène de Sabine n’était pas nécessaire, qu’elle ne fait pas un coup dethéâtre, que le discours de Sabine est trop artificieux, que sa douleur