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HORACE.
Et de quelle façon punissez-vous l’offense,
Si vous traitez ainsi les vœux de l’innocence 1 ?
SCÈNE IL
SABINE, JULIE.
SABINE.
En est-ce fait, Julie? et que m’apportez-vous 2 ?
Est-ce la mort d’un frère, ou celle d’un époux?
Le funeste succès de leurs armes impiesDe tous les combattants a-t-il fait des hosties 3 ?
Et, m’enviant l’horreur que j’aurois des vainqueurs,
Pour tous tant qu’ils étoient demande-t-il des pleurs?
JULIE.
^}uoiî ce qui s’est passé, vous l’ignorez encore?
SABINE.
Vous faut-il étonner de ce que je l'ignore?
Et ne savez-vous point que de cette maisonPour Camille et pour moi l'on fait une prison?
Julie, on nous renferme, on a peur de nos larmes;
Sans cela nous serions au milieu de leurs armes,
Et, par les désespoirs 4 d'une chaste amitié,
Nous aurions des deux camps tiré quelque pitié.
1 Ces quatre derniers vers semblent dignes de la tragédie ; mais cemonologue ne semble qu’une amplification. (Y.)
2 Autant la première scène a refroidi les esprits, autant cette se-conde les échauffe ; pourquoi! c’est qu’on y apprend quelque chosede nouveau et d’intéressant : il n’y a point de vaine déclamation, etc'est le grand art de la tragédie, fondé sur la connaissance du cœurhumain, qui veut toujours être remué. (V.)
3 Hostie ne se dit plus, et c’est dommage ; II ne reste plus que lemot de victime. Plus on a de termes pour exprimer la même chose, *plus la poésie est variée. (V.)
* On n’emploie plus aujourd’hui désespoir au pluriel; il fait pour-tant un très bel effet. Mes déplaisirs, mes craintes, mes douleurs, mesennuis , disent plus que mon déplaisir, ma crainte , etc. Pourquoi nepourrait-on pas dire mes désespoirs, comme on dit mes espérances ?
Ne peut-on pas désespérer de plusieurs choses, comme on peut enespérer plusieurs! (V.)