ISO HORACE.
« Puisque chacun, tlil-il, s’échauffe en ce discord *,
« Consultons des grands dieux la majesté sacrée,
« Et voyons si ce change à leur bonté agrée.
« Quel impie osera se prendre à leur vouloir,
« Lorsqu'en un sacrifice ils nous l’auront fait voir? »
II se tait, et ces mots semblent être des charmes;
Même aux six combattants ils arrachent les armes ;
Et ce désir d’honneur qui leur ferme les yeux,
Tout aveugle qu’il est, respecte encor les dieux.
Leur plus bouillante ardeur cède à l’avis de Tulle ;
Et, soit par déférence, ou par un prompt scrupule,
Dans l’une et l’autre armée on s’en fait une loi,
Comme si toutes deux le connoissoient pour roi 1 2 .
Le reste s’apprendra par la mort des victimes.
SABINE.
Les dieux n’avoueront point un combat plein de crimes;J’en espère beaucoup puisqu’il est différé,
Et je commence à voir ce que j’ai désiré.
SCÈNE III.
CAMILLE, SABINE, JULIE.
SABINE.
Ma sœur, que je vous die une bonne nouvelle 3 .
1 En ce discord ne se dit plus ; mais il est à regretter. (Y.)
2 C’est une petite faute ; le sens est : comme si toutes deux voyaienten lui leur roi. Connaître un homme pour roi ne signifie pas le recon-naître pour son souverain. On peut connaître un homme pour roi d’unautre pays ; connaître ne veut pas dire reconnaître. (Y.)
3 Au lieu de die, on a imprimé dise dans les éditions suivantes. Dien’est plus qu’une licence ; on ne l’emploie que pour la rime. Une bonnenouvelle est du style de la comédie : ce n’est là qu’une très légèreinattention. Il était très aisé à Corneille de mettre: Ah! ma sœur,apprenez une heureuse nouvelle, et d’exprimer ce petit détail autre-ment, mais alors ces expressions familières étaient tolérées ; elles ne sontRevenues des fautes que quand la langue s’est perfectionnée ; et c’està Corneille même qu’elle doit en partie cette perfection. On fit bientôtune étude sérieuse d’une langue dans laquelle il avait écrit de si bellesc hoses. (Y.)