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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE III, SCÈNE III. 151

CAMILLE.

Je pense la savoir, s’il faut la nommer telle ;

On l’a dite à mon père, et j’étois avec lui :

Mais je n’en conçois rien qui flatte mou ennui :

Ce délai de nos maux rendra les coups plus rudes ;

Ce n’est plus qu’un long terme à nos inquiétudes;

Et tout l’allégement qu’il en faut espérer,

C’est de pleurer plus tard ce qu’il faudra pleurer.

SABINE.

Les dieux n’ont pas en vain inspiré ce tumulte.

CAMILLE.

Disons plutôt, ma sœur, qu’en vain on les consulte.

Ces mômes dieux à Tulle ont inspiré ce choix ;

Et la voïx du public n’est pas toujours leur voix ;

Ils descendent bien moins dans de si bas étages ',

Que dans l’ame des rois, leurs vivantes images,

De qui l’indépendante et sainte autoritéEst un rayon secret de leur divinité.

JULIE.

C’est vouloir sans raison vous former des obstaclesQue de chercher leur voix ailleurs qu’en leurs oracles;

Et vous ne vous pouvez figurer tout perdu,

Sans démentir celui qui vous fut hier rendu.

CAMILLE.

Un oracle jamais ne se laisse comprendre

On l’entend d’autant moins que plus on croit l’entendre;

Et, loin de s’assurer sur un pareil arrêt,

Qui n'y voit rien d’obscur doit croire que tout l’est.

SABINE.

Sur ce qu’il fait pour nous prenons plus d’assurance,

1 Bas étages est bien bas, et la pensée n’est que poétique. Cette•contestation de Sabine et de Camille paraît froide dans un momentoù Ton est si impatient de savoir ce qui se passe. Ce discours de Ca-mille semble avoir un autre défaut : ce n’est point à une amante àdire que les dieux inspirent toujours les rois, qu’î7s sont des rayonsde la Divinité ; c’est là de la déclamation d’un rhéteur dans un pané-gyrique. Ces contestations de Camille et de Sabine sont, à la vérité,des jeux d’esprit un peu froids ; c’est un grand malheur que le peu dematière que fournit la pièce ait obligé l’auteur à y mêler ces scènesqui, par leur inutilité, sont toujours languissantes. (Y.)