154 HORACE.
Quoique ce soient, ma sœur, des nœuds bien différents,
C’est sans les oublier qu’on quitte ses parents :
L’hymen n’efface point ces profonds caractères;
Pour aimer un mari, l’on ne hait pas ses frères ;
La nature en tout temps garde ses premiers droits ;
Aux dépens de leur vie on ne fait point de choix :
Aussi bien qu’un époux ils sont d’autres nous-mêmes;
Et tous maux sont pareils alors qu’ils sont extrêmes 1 :
Et l’amant qui vous charme et pour qui vous brûlez 2Ne vous est, après tout, que ce que vous voulez ;
Une mauvaise humeur, un peu de jalousie,
En fait assez souvent passer la fantaisie.
Ce que peut le caprice, ôtez-le par raison,
Et laissez votre sang hors de comparaison :
C’est crime qu’opposer des liens volontairesA ceux que la naissance a rendus nécessaires.
Si donc le ciel s’obstine à nous persécuter,
Seule j’ai tout à craindre et rien à souhaiter;
Mais pour vous, le devoir vous donne, dans vos plaintes,
Où porter vos souhaits, et terminer vos craintes.
CAMILLE.
Je le vois bien, ma sœur, vous n’aimâtes jamais :
Vous ne connoissez point ni l’amour ni ses traits 3 :
On peut lui résister quand il commence à naître,
Mais non pas le bannir quand il s’est rendu maître,
Et que l’aveu d’un père, engageant notre foi,
A fait de ce tyran un légitime roi :
Il entre avec douceur, mais il règne par force * ;
contrastes entre les caractères dans ces scènes inutiles, si ces con-trastes ne produisent rien. ( V.)
1 Ce beau vers est d’une grande vérité ; il est triste qu’il soit perdudans une amplification. (V.\
2 ... L’amant qui vous charme, et pour qui vous brûlez,
Ne vous est, après tout, que ce que vous voulez;
Une mauvaise humeur, un peu de jalousie,
En fait assez souvent passer la fantaisie.
sont des vers comiques qui gâteraient la plus belle tirade. (V.)
3 Ce point est de trop ; il faut : Vous ne connaissez ni Vamour nises traits. (V.)
* Ces maximes détachées, qui sont un défaut quand la passion doit