Buch 
Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
Entstehung
JPEG-Download
 

155

ACTE III, SCÈNE IV.

Que feriez-vous, ma sœur, au point où je'me vois,

Si vous aviez à craindre autant que je le dois,

Et si vous attendiez de leurs armes fatalesDes maux pareils aux miens, et des pertes égales?

CAMILLE.

Parlez plus sainement de vos maux et des miens :

Chacun voit ceux d’autrui d’un autre œil que les siens;Mais, à bien regarder ceux où le ciel me plonge,

Les vôtres auprès d’eux vous sembleront un songe.

La seule mort d’Horace est à craindre pour vous.

Des frères ne sont rien à Légal d’un époux;

L’hymen qui nous attache en une autre famille 1Nous détache de celle où l’on a vécu fille ;

On voit d’un œil divers des nœuds si différents,

Et pour suivre un mari l’on quitte ses parents :

Mais, si près d’un hymen, l’amant que donne un pèreNous est moins qu’un époux, et non pas moins qu’un frère,Nos sentiments entre eux demeurent suspendus,

Notre choix impossible, 'et nos vœux confondus.

Ainsi, ma sœur, du moins vous avez dans vos plaintesOù porter vos souhaits et terminer vos craintes;

Mais, si le ciel s’obstine à nous persécuter,

Pour moi, j’ai tout à craindre, et rien à souhaiter.

SABINE.

Quand il faut que l’un meure et par les mains de l’autre,C’est un raisonnement bien mauvais que le vôtre 2 .

dans chacune de ses scènes ; c’est, à la vérité, aux dépens des règleset de la bienséance et de 1S, vraisemblance; c’est en entassant vingtannées d’événements les uns sur les autres; c’est en mêlant le gro-tesque au terrible ; c’est en passant d’un cabaret à un champ de ba-taille, et d’un cimetière à un trône ; mais enfin il attache. L’art seraitd’attacher et de surprendre toujours, sans aucun de ces moyens irré-guliers et burlesques tant employés sur les théâtres espagnols et an-glais, (V.)

1 II faut attache à une autre famille : d’ailleurs ces vers sont tropfamiliers. (V.)

2 Ce mot seul de raisonnement est la condamnation de cette scèneet de toutes celles qui lui ressemblent. Tout doit être action dans unetragédie ; non que chaque scène doive être un événement, mais chaquescène doit servir à nouer ou à dénouer l’intrigue ; chaque discours doitêtre préparation ou obstable. C’est en vain qu’on cherche à mettre des