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ACTE III, SCÈNE VI.
LE VIEIL HORACE.
Et nos soldats trahis ne l’ont point achevé!
Dans leurs rangs à ce lâche ils ont donné retraite!
Je n’ai rien voulu voir après cette défaite.
CAMILLE.
O mes frères !
LE VIEIL HORACE.
Tout beau, ne les pleurez pas tous;Deux jouissent d’un sort dont leur père est jaloux.Que des plus nobles fleurs leur tombe soit couverte ;La gloire de leur mort m’a payé de leur perte.
Ce bonheur a suivi leur courage invaincu i ,
Qu’ils ont vu Rome libre autant qu’ils ont vécu,
Et ne l’auront point vue obéir qu’à son prince 2 ,
Ni d’un État voisin devenir la province.
Pleurez l’autre, pleurez l’irréparable affrontQue sa fuite honteuse imprime à notre front ;Pleurez le déshonneur de toute notre race,
Et l’opprobre éternel qu’il laisse au nom d’Horace.
JULIE.
Que vouliez-vous qu’il fît contre trois ?
LE VIEIL HORACE.
Qu’il mourût 3 ,
1 Ce mot invaincu n’a été employé que par Corneille, et devraitl’être, je crois, par tous nos poëtes. Une expression si bien mise à saplace dans le Cid et dans cette admirable scène, ne doit jamaisvieillir. (Y.)
2 Ce point est ici un solécisme ; il faut, et ne l’auront, vue obéirqu'à. (Y.)
3 Yoilà ce fameux qu’il mourût, ce trait du plus grand sublime,,ce mot auquel il n’en est aucun de comparable dans toute l’antiquité.Tout l’auditoire fut si transporté, qu’on n’entendit jamais le vers;faible qui suit ; et le morceau, n’eût-il que d’un moment retardé sadéfaite , étant plein de chaleur, augmente encore la force du qu’ilmourût. Que de beautés ! et d’où naissent-elles 1 d’une simple méprisetrès naturelle, sans complication d’événements, sans aucune intrigue;recherchée, sans aucun effort. Il y a d’autres beautés tragiques ; maiscelle-ci est au premier rang.
U est vrai que le vieil Horace, qui était présent quand les Horaces