ACTE QUATRIEME
SCÈNE I.
le VIEIL HORACE, CAMILLE.
LE VIEIL HORACE.
Ne me parlez jamais en faveur d’un infame 1 ;
Qu’il me fuie à l’égal des frères de sa femme :
Pour conserver un sang qu’il tient si précieux,
Il n’a rien fait encor s’il n’évite mes yeux.
Sabine y peut mettre ordre, ou derechef j’attesteLe souverain pouvoir de la troupe céleste 2 ...
CAMILLE.
Ah ! mon père, prenez un plus doux sentiment ;
Vous verrez Rome même en user autrement ;
Et, de quelque malheur que le ciel l’ait comblée,
Excuser la vertu sous le nombre accablée.
LE VIEIL HORACE.
Le jugement de Rome est peu pour mon regard 3 ,
Camille ; je suis père, et j’ai mes droits à part.
1 Nous avons vu qu’il est très extraordinaire que le père n’ait pasété détrompé entre le troisième et le quatrième acte ; qu’un vieillardde son caractère, qui a assez de force pour tuer son fils de ses propresmains, à ce qu’il dit, n’en ait pas assez pour être allé sur le champ de ba-taille; qu’il reste dans sa maison tandis que Rome entière est specta-trice du combat; comment souffrir qu’une suivante soit allée voir cefameux duel, et que le vieil Horace soit demeuré chez lui? Commentne s’est-il pas mieux informé pendant ï’entr’acte? Pourquoi le pèredes Horaces ignore-t-il seul ce que tout Rome sait ? Je ne sais deréponse à cette critique, sinon que ce défaut est presque excusable,puisqu’il amène de grandes beautés. (V.)
2 Derechef et la troupe céleste sont hors d’usage. La troupe célesteest bannie du style noble, surtout depuis que Scarron l’a employéedans le style burlesque. (Y.)
3 Pour mon regard est suranné et hors d’usage ; c’est pourtant uneexpression nécessaire. (Y,}