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HORACE.
Le peuple, qui voit tout seulement par l’écorce,S’attache à son effet pour juger de sa force;
Il veut que ses dehors gardent un «même cours,Qu’ayant fait un miracle, elle en lasse toujours :
Après une action pleine, haute, éclatante,
Tout ce qui brille moins remplit mal son attente :
Il veut qu’on soit égal en tout temps, en tous lieux;
Il n’examine point si lors on pouvoit mieux,
Ni que, s’il ne voit pas sans cesse une merveille,L’occasion est moindre, et la vertu pareille :
Son injustice accable et détruit les grands noms;L’honneur des premiers faits se perd par les seconds;Et quand la renommée a passé l’ordinaire,
Si l’on n’eu veut déchoir, il ne faut plus rien faire.
Je ne vanterai point les exploits de mon bras;
Votre Majesté, sire, a vu mes trois combats :
Il est bien malaisé qu’un pareil les seconde,
Qu’une autre occasion à celle-ci réponde,
Et que tout mon courage, après de si grands coups,Parvienne à des succès qui n’aillent au-dessous;
Si bien que, pour laisser une illustre mémoire,
La mort seule aujourd’hui peut conserver ma gloire :Encor la fal!oit-il sitôt que j’eus vaincu,
Puisque pour mon honneur j’ai déjà trop vécu.
Un homme tel que moi voit sa gloire ternie,
Quand il tombe en péril de quelque ignominie;
Et ma main auroit su déjà m’en garantir :
Mais sans votre congé mon sang n’ose sortir;
Comme il vous appartient, votre aveu doit se prendre;C’est vous le dérober qu’autrement le répandre.
Rome ne manque point de généreux guerriers ;
Assez d’autres sans moi soutiendront vos lauriers;
Que Votre Majesté désormais m’en dispense 1 ;
Et si ce que j’ai fait vaut quelque récompense,Permettez, ô grand roi, que de ce bras vainqueurJe m’immole à ma gloire, et non pas à ma sœur.
1 On ne connaissait point alors le titre de majesté. (V.