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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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HORACE

Dans les murs, hors des murs, tout parle de sa gloire,

Tout s’oppose à l’effort de ton injuste amour,

Qui veut d’un si beau sang souiller un si beau jour.

Albe ne pourra pas souffrir un tel spectacle,

Et Rome par ses pleurs y mettra trop d’obstacle.

Vous les préviendrez, sire ; et par un juste arrêtVous saurez embrasser bien mieux son intérêt.

Ce qu’il a fait pour elle il peut encor le faire ;

Il peut la garantir encor d’un sort contraire.

Sire, ne donnez rien à mes débiles ans :

Rome aujourd’hui m’a vu père de quatre enfants;

Trois en ce même jour sont morts pour sa querelle :

Il m’en reste encore un, conservez-le pour elle 1 :

N’ôtez pas à ces murs un si puissant appui ;

Et souffrez, pour finir, que je m’adresse à lui.

Horace, ne crois pas que le peuple stupideSoit le maître absolu d’un renom bien solide.

Sa voix tumultueuse assez souvent fait bruit,

Mais un moment l’élève, un moment le détruit;

Et ce qu’il contribue à notre renomméeToujours en moins de rien se dissipe en fumée.

C’est aux rois, c’est aux grands, c’est aux esprits bien faitsA voir la vertu pleine en ses moindres effets.;

C’est d’eux seuls qu’on reçoit la véritable gloire,

Eux seuls des vrais héros assurent la mémoire.

Vis toujours en Horace; et toujours auprès d’euxTon nom demeurera grand, illustre, fameux,

Bien que l’occasion, moins haute ou moins brillante,

D’un vulgaire ignorant trompe l’injuste attente.

1 Quoiqu’en effet tout ce cinquième acte ne soit qu’un plaidoyerhors d’œuvre, et dans lequel personne ne craint pour l’accusé, cepen-dant il y a de temps en temps des maximes profondes, nobles, justes,qu’on écoutait autrefois avec grand plaisir. Pascal même, qui faisaitun recueil de toutes les pensées qui pouvaient servir à établir unouvrage qu’il n’a jamais pu faire, n’a pas manqué de mettre dans sonagenda cette pensée de Corneille : II faut plaire aux esprits bienfaits . (V-l— Pascal n’acheva point cet ouvrage, parcequ’il fut enlevépar une mort prématurée ; mais il est téméraire peut-être de dire qu’iln’avoit jamais pu le faire : il seroit difficile de déterminer ce qui étoit.impossible à Pascal. {P.)