190
HORACE
Dans les murs, hors des murs, tout parle de sa gloire,
Tout s’oppose à l’effort de ton injuste amour,
Qui veut d’un si beau sang souiller un si beau jour.
Albe ne pourra pas souffrir un tel spectacle,
Et Rome par ses pleurs y mettra trop d’obstacle.
Vous les préviendrez, sire ; et par un juste arrêtVous saurez embrasser bien mieux son intérêt.
Ce qu’il a fait pour elle il peut encor le faire ;
Il peut la garantir encor d’un sort contraire.
Sire, ne donnez rien à mes débiles ans :
Rome aujourd’hui m’a vu père de quatre enfants;
Trois en ce même jour sont morts pour sa querelle :
Il m’en reste encore un, conservez-le pour elle 1 :
N’ôtez pas à ces murs un si puissant appui ;
Et souffrez, pour finir, que je m’adresse à lui.
Horace, ne crois pas que le peuple stupideSoit le maître absolu d’un renom bien solide.
Sa voix tumultueuse assez souvent fait bruit,
Mais un moment l’élève, un moment le détruit;
Et ce qu’il contribue à notre renomméeToujours en moins de rien se dissipe en fumée.
C’est aux rois, c’est aux grands, c’est aux esprits bien faitsA voir la vertu pleine en ses moindres effets.;
C’est d’eux seuls qu’on reçoit la véritable gloire,
Eux seuls des vrais héros assurent la mémoire.
Vis toujours en Horace; et toujours auprès d’euxTon nom demeurera grand, illustre, fameux,
Bien que l’occasion, moins haute ou moins brillante,
D’un vulgaire ignorant trompe l’injuste attente.
1 Quoiqu’en effet tout ce cinquième acte ne soit qu’un plaidoyerhors d’œuvre, et dans lequel personne ne craint pour l’accusé, cepen-dant il y a de temps en temps des maximes profondes, nobles, justes,qu’on écoutait autrefois avec grand plaisir. Pascal même, qui faisaitun recueil de toutes les pensées qui pouvaient servir à établir unouvrage qu’il n’a jamais pu faire, n’a pas manqué de mettre dans sonagenda cette pensée de Corneille : II faut plaire aux esprits bienfaits . (V-l— Pascal n’acheva point cet ouvrage, parcequ’il fut enlevépar une mort prématurée ; mais il est téméraire peut-être de dire qu’iln’avoit jamais pu le faire : il seroit difficile de déterminer ce qui étoit.impossible à Pascal. {P.)