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ACTE I, SCÈNE I.
Quand je songe aux dangers où je te précipite.
Quoique pour me servir lu n’appréhendes rien,
Te demander du sang, c’est exposer le tien :
D’une si hanté place on n’abat point de têtesSans attirer sur soi millè et mille tempêtes;
L’issue en est douteuse, et le péril certain :
Un ami déloyal peut trahir ton dessein;
L’ordre mal concerté, l’occasion mal prise,
Peuvent sur son auteur renverser l’entreprise,
Tourner sur toi les coups dont tu le veux frapper;
Dans sa ruine même il peut t’envelopper;
Et, quoi qu’en ma faveur tou amour exécute,
Il te peut, en tombant, écraser sous sa chute.
Ah ! cesse de courir à ce mortel danger ;
Te perdre en me vengeant, ce n’est pas me venger.
Un cœur est trop cruel quand il trouve des charmesAux douceurs que corrompt l’amertume des larmes;
Et l’on doit mettre au rang des plus cuisants malheursLa mort d’un ennemi qui coûte tant de pleurs.
Mais peut-on en verser alors qu’on venge un père ?
Est-il perte à ce prix qui ne semble légère?
Et, quand son assassin tombe sous notre effort,
Doit-on considérer ce que coûte sa mort ? '
Cessez, vaines frayeurs, cessez, lâches tendresses,
De jeter dans mon cœur vos indignes foiblesses;
Et toi qui les produis par tes soins superflus,
Amour, sers mon devoir, et ne le combats plus 1 :
Lui céder, c’est ta gloire; et le vaincre, ta honte :Montre-toi généreux, souffrant qu’il te surmonte;
1 U semble que le monologue devrait finir là. Les quatre derniersvers ne sont-ils pas surabondants! les pensées n’en sont-elles, pas re-cherchées, et hors de la nature! Qu’importe de la gloire ou de la hontede l’amour! Qu’est-ce que ce devoir qui ne triomphera que pour cou-ronner l’amour! D’ailleurs, dans le dernier de ces vers, au lieu de
Et ne triomphera que pour te couronner,
il faudrait, il ne triomphera ; mais les vers précédents paraissent dignesde Corneille : et j’ose croire qu’au théâtre il faudrait réciter ce mono-logue, en retranchant seulement ces quatre derniers vers, qui ne sontpas dignes du reste. (V.)