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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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‘212

CINNA.

Plus tu lui donneras, plus il te va donner,Et ne triomphera que pour te couronner.

SCÈNE II.

ÉMILIE, FULVIE.

EMILIE.

Je l’ai juré, Fulvie, et je le jure encore,

Quoique j’aime Cinna, quoique mon cœur l’adore *,

S’il me veut posséder, Auguste doit périr;

Sa tête est le seul prix dont il peut m’acquérir.

Je lui prescris la loi que mon devoir m’impose.

FÜI.VIE.

Elle a, pour la blâmer, une trop juste cause;

Par un si grand dessein vous vous faites juger 1 2Digne sang de celui que vous voulez venger 3 ;

Mais, encore une fois souffrez que je vous dieQ’une si juste ardeur devroit être attiédie.

Auguste chaque jour, à force de bienfaits,

Semble assez réparer les maux qu’il vous a faits;

Sa faveur envers vous paroît si déclarée,

Que vous êtes chez lui la plus considérée ;

Et de ses courtisans souvent les plus heureuxVous pressent à genoux de lui parler pour eux.

EMILIE.

Toute cette faveur ne me rend pas mon père;

Et de quelque façon que l’on me considère,

Abondante en richesse, ou puissante en crédit,

Je demeure toujours la fille d’un proscrit.

Les bienfaits ne font pas toujours ce que tu penses;

D’une main odieuse ils tiennent lieu d’offenses :

Plus nous en prodiguons à qui nous peut haïr,

1 Des critiques trouvent ce vers languissant, par le soin même queprend l’auteur de lui donner de la force ; ils disent qu 'adore n’est quela répétition de j'aime, (V.)

2 Vous vous faites juger est plus languissant; d’ailleurs, c’est ungrand secret, on ne peut encore lejuger. (V.)

3 Toranius était un plébéien inconnu, qui n’avait joué aucun rôle,et qu’Octave sacrifia dans les proscriptions parcequ’il était riche. (V.j