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ACTE I, SCÈNE II.
Plus d’armes nous donnons à qui nous veut trahir.
Il m’en fait chaque jour sans changer mon courage;
Je suis ce que j’étois, et je puis davantage,
Et des mêmes présents qu’il verse dans mes mainsJ'achète contre lui les esprits des Romains;
Je recevrois de lui la place de Livie »
Comme un moyen plus sûr d’attenter à sa viePour qui venge son père il n’est point de forfaits,
Et c’est vendre son sang que se rendre aux bienfaits.
FULVIE.
Quel besoin toutefois de passer pour ingrate?
Ne pouvez-vous haïr sans que la haine éclate?
Assez d’autres sans vous n’ont pas mis en oubliPar quelles cruautés son trône est établi ;
Tant de braves Romains, tant d’illustres victimes,
Qu’à son ambition ont immolés ses crimes 1 2 ,
Laissent à leurs enfants d’assez vives douleursPour venger votre perte en vengeant leurs malheurs.Beaucoup l’ont entrepris, mille autres vont les suivre :
Qui vit haï de tous ne sauroit longtemps vivre :
Remettez à leurs bras les communs intérêts,
Et n’aidez leurs desseins que par des vœux secrets.
EMILIE.
Quoi! je le haïrai sans tâcher de lui nuire?
J’attendrai du hasard qu’il ose le détruire?
Et je satisferai des devoirs si pressantsPar une haine obscure et des vœux impuissants?
Sa perte, que je veux, me deviendroit amère,
Si quelqu’un l’immoloit à d’autres qu’à mon père;
Et tu verrois mes pleurs couler pour son trépasQui, le faisant périr, ne me vengeroit pas 3 .
1 Ce sentiment furieux est, à mon gré, une raison pour ne pas sup-primer le monologue qui prépare cette férocité. (Y.)
2 Ambition ont est bien dur à l’oreille.
Fuyez des mauvais son s le concours o dieux.
3 Ce sentiment atroce et ces beaux vers ont été imités par Racinedans Andromaque.
Ma vengeance est perdue,
S’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue. (V.