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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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CINNA.

C’est son bien seulement que vous devez vouloir;

Et cette liberté, qui lui semble si clière,

N’est pour Rome, seigneur, qu’un bien imaginaire,

Plus nuisible qu’utile, et qui n’approche pasDe celui qu’un bon prince apporte à ses États :

Avec ordre et raison les honneurs il dispense,

Avec discernement punit et récompense,

Et dispose de tout en juste possesseur,

Sans rien précipiter, de peur d’un successeur.

Mais quand le peuple est maître, on n’agit qu’en tumulte :

La voix de la raison jamais ne se consulte;

Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux,

L’autorité livrée aux plus séditieux.

Ces petits souverains qu’il fait pour une année,

Voyant d’un temps si court leur puissance bornée,

Des pins heureux desseins font avorter le fruit,

De peur de le laisser à celui qui les suit;

Comme ils ont peu de part aux biens dont ils ordonnent,Dans le champ du public largement ils moissonnent,

Assurés que chacun leur pardonne aisément,

Espérant à son tour un pareil traitement :

Le pire des états, c’est l’état populaire 1 .

r Quelle prodigieuse supériorité de la belle poésie sur la prose!Tous les écrivains politiques ont délayé ces pensées; aucun a-t-il ap-proché de la force, de la profondeur, de la netteté, de la précision deces discours de Cinna et de Maxime! tous les corps de l’Ktat auraientdû assister à cette pièce pour apprendre a penser et à parler; ils nefaisaient que des harangues ridicules, qui sont la honte de la nation.Corneille était un maître dont ils avaient besoin ; mais un préjugé,plus barbare encore qne ne l’était l’éloquence du barreau et de lachaire, a souvent empêché plusieurs magistrats très éclairés d’imiterCicéron et Hortensius , qui allaient entendre des tragédies fort infé-rieures à celles de Corneille. Ainsi les hommes pour qui ces piècesétaient faites ne les voyaient pas. Le parterre n’était pas digne de cestableaux de la grandeur romaine. Les femmes ne voulaient que del’amour; bientôt on ne traita plus que l’amour, et par là on fournit àceux que leurs petits talents rendent jaloux de la gloire des spec-tacles un malheureux prétexte de s’élever contre le premier des beaux-arts. Nous avons eu un chancelier qui a écrit sur l’art dramatique, eton a observé que de sa vie il n’alla au spectacle; mais Scipion, Caton,Cicéron, César, y allaient. { V .\