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ACTE ïï, SCÈNE I.
Considérez (Tailleurs que vous régnez dans Rome,
Où, de quelque façon que votre cour vous nomme,
On hait la monarchie; et le nom d’empereur,
Cachant celui de roi, ne fait pas moins d’horreur.
Ils passent 1 pour tyran quiconque s’y fait maître;
Qui le sert, pour esclave, et qui l’aime, pour traître 2 3 ;
Qui le souffre a le cœur lâche, mol, abattu s ,
Et pour s’en affranchir tout s’appelle vertu.
Vous en avez, seigneur, des preuves trop certaines :
On a fait contre vous dix entreprises vaines;
Peut-être que Vonzième est prête d’éclater,
Et que ce mouvement qui vous vient d’agiterN’est qu’un avis secret que le ciel vous envoie,
Qui pour vous conserver n’a plus que cette voie.
Ne vous exposez plus à ces fameux revers,
Il est beau de mourir maître de l’univers.
Mais la plus belle mort souille notre mémoire,
Quand nous avons pu vivre et croître notre gloire.
CINNA.
Si l’amour du pays doit ici prévaloir,
1 Les éditeurs modernes (et sons cette dénomination nous compre-nons tous ceux postérieurs à Thomas Corneille) ont mis ce verbe ausingulier. Voltaire a même pris soin de justifier cette leçon, en disant :« Cet il gui était autrefois un tour très heureux ; la tyrannie de;< l’usage l'a aboli. Il est un tyran celui gui asservit son pays; il est una perfide celui gui mangue a sa parole. On a encore conservé ce tour :u Ils sont dangereux ces ennemis du théâtre, ces rigoristes outrés. »
Mais les éditions publiées par Corneille de son vivant, celle mêmedonnée par son frère en 1692, sont uniformes sur ce point, et portentils passent, au pluriel. Tout fait présumer que Corneille, sous-enten-dant les Romains, remplacés ici par le pronom , a voulu donner àpasser une signification active, que ce verbe n’a pas conservée. Lesens de ce vers est : Les Romains tiennent pour tyran quicongue s’yfait maître.
2 Voilà encore de cette abondance superflue et stérile. Pourquoicelui qui aime un usurpateur est-il traître! Il n’est certainement pastraître parcequ’il l’aime. Quand on a dit qu’il est esclave, on atoutdit; le reste est inutile. (V.)
3 On ne se sert plus du terme mol. De plus, ces trois épithètes for-ment un vers trop négligé ; la précision y perd, et le sens n’y gagnerien. (V.)