234 CINNA.
Ne coûtent point de sang, n’ont rien qui soit funeste i .
CINNA.
C’est un ordre des dieux qui jamais ne se rompt,
De nous vendre un peu cher les grands biens qu’ils nous font.L’exil des Tarquins même ensanglanta nos terres,
Et nos premiers consuls nous ont coûté des guerres.
MAXIME.
Donc votre aïeul Pompée au ciel a résistéQuand il a combattu pour notre liberté 2 ?
CINNA.
Si le ciel n’eût voulu que Rome l’eût perdue,
Par les mains de Pompée il Pauroit défendue :
Il a choisi sa mort pour servir dignementD’une marque éternelle à ce grand changement,
Et devoit cette gloire aux mânes d’un tel homme,D’emporter avec eux la liberté de Rome 3 .
1 J’ai peur que ces raisonnements ne soient pas de la force desautres : ce que dit Maxime est faux ; la plupart des révolutions ontcoûté du sang, et d’ailleurs tout se fait par l’ordre céleste. La ré-ponse, que c’est un ordre immuable du ciel de vendre cher ses bien-faits, semble dégénérer en dispute de sophiste, en question d’école, ettrop s’écarter de cette grande et noble politique dont tl est ici question.
2 L’objection de votre aïeul Pompée est pressante, mais Cinna n’yrépond que par un trait d’esprit. Voilà un singulier honneur fait auxmânes de Pompée, d’asservir Rome pour laquelle il combattait. Pour-quoi le ciel devait-il cet honneur à Pompée? Au contraire, s’il luidevait quelque chose, c’était de soutenir son parti, qui était le plusjuste. Dans une telle délibération, devant un homme tel qu’Auguste,on ne doit donner que des raisons solides : ces subtilités ne paraissentpas convenir à la dignité de la tragédie. Cinna s’éloigne ici de ce vraisi nécessaire et si beau. Voulez-vous savoir si une pensée est natu-relle et juste 1 examinez la proposition contraire; si ce contraire estvrai, la pensée que vous examinez est fausse.
3 On peut répondre à ces objections que Cinna parle ici contre sapensée. Mais pourquoi parlerait-il contre sa pensée? y est-il forcé?Junie, dans Britannicus, parle contre son propre sentiment, pareequeNéron l’écoute; mais ici Cinna est en toute liberté ; s’il veut per-suader à Auguste de ne point abdiquer, il doit dire à Maxime : Lais-sons là ces vaines diputes; il ne s’agit pas de savoir si Pompée arésisté au ciel,.et si le ciel lui devait l’honneur de rendre Rome es-clave. Il s’agit que Rome a besoin d’un maître ; il s’agit de prévenirdes guerres civiles, etc. Je crois enfin que cette subtilité, dans cette