ACTE II, SCÈNE I. 25S
Ce nom depuis longtemps ne sert qu’à l’éblouir,
Et sa propre grandeur l’empêche d’en jouir.
Depuis qu’elle se voit la maîtresse du monde,
Depuis que la richesse entre ses murs abonde,
Et que son sein, fécond en glorieux exploits,
Produit des citoyens plus puissants que des rois,
Les grandsj pour s’affermir achetant des suffrages,
Tiennent pompeusement leurs maîtres à leurs gages,
Qui, par des fers dorés se laissant enchaîner,
Reçoivent d’eux les lois qu’ils pensent leur donner.
Envieux l’un de l’autre, ils mènent tout par brigues,
Que leur ambition tourne en sanglantes ligues.
Ainsi de Marius Sylla devint jaloux ;
César, de mon aïeul ; Marc-Antoine, de vous :
Ainsi la liberté ne peut plus être utileQu’à former les fureurs d’une guerre civile,
Lorsque, par un désordre à l’univers fatal,
L’un ne veut point de maître, et l’autre point d’égal.
Seigneur, pour sauver Rome, il faut qu’elle s’unisseEn la main d’un bon chef à qui tout obéisse.
Si vous aimez encor à la favoriser,
Otez-lui les moyens de se plus diviser.
Sylla, -quittant la place enlin bien usurpée 1 ,
N’a fait qu’ouvrir le champ à César et Pompée,
Que le malheur des temps ne nous eût pas fait voir®,
S’il eût dans sa famille assuré son pouvoir.
Qu’a fait du grand César le cruel parricide,
Qu’élever contre vous Antoine avec Lépide,
Qui n’eussent pas détruit Rome par les Romains,
Si César eût laissé l’empire entre vos mains?
Vous la replongerez, en quittant cet empire,
Dans les maux dont à peine encore elle respire,
Et de ce peu, seigneur, qui lui reste de sang,
belle scène, est un défaut ; mais c’est un défaut dont il n’y a qu’ungrand homme qui soit capable. (V.)
3 Cet eujîn gâte la phrase. (V.)
2 II semble que le malheur des temps ne nous eût pas fait voirCésar et Pompée. La phrase est louche et obscure. Il veut dire : Lemalheur des temps ne nous eût pas fait voir le champ ouvert à Césaret à Pompée. {V.)