239
ACTE II, SCÈNE II.
C’est trop semer d’appâts, et c’est trop inviterPar son impunité quelque autre à l’imiter.
Vengeons nos citoyens, et que sa peine étonneQuiconque après sa mort aspire à la couronne.
Que le peuple aux tyrans ne soit plus exposé :
S’il eût puni Sylla, César eût moins osé.
MAXIME.
Mais la mort de César, que vous trouvez si juste,
A servi de prétexte aux cruautés d’Auguste.
Voulant nous affranchir, Brute s’est abusé ;
S’il n’eût puni César, Auguste eût moins osé *.
CINNA.
La faute de Cassie, et ses terreurs paniques,
Ont fait rentrer TËtat sous des lois tyranniques;
Mais nous ne verrons point de pareils accidents,
Lorsque Rome suivra des chefs moins imprudents.
MAXIME.
Nous sommes encor loin de mettre en évidenceSi nous nous conduirons avec plus de prudence;
indique qu’on ne doit pas pardonner à Octave pour un simple repen-tir : il n’y a nulle'lâeheté à sentir, au comble de la gloire, des re-mords de toutes les violences commises pour arriver à cette gloire. (V.)
i Maxime veut retourner le beau vers de Cinna : S’il eût puniSylla, César eût moins osé, et répondre en écho sur la même rime ;il dit une chose qui a besoin d’être éclaircie. Si César n’eût pas étéassassiné, Auguste, son fils adoptif, eût été bien plus aisément lemaître, et beaucoup plus maître. Il est vrai qu’il n’y eût point eu deguerre ciVile; et c’est par cela même que l’empire d’Auguste eût étémieux affermi, et qu’il eût osé davantage. Il est vrai encore que, sansle meurtre de César, il n’y eût point eu de proscriptions. Il reste doncà discuter quelle a été la véritable cause du triumvirat et des guerres•civiles. Or il est indubitable que ces dissertations ne conviennent guèreà la tragédie. Quoi! après ces vers : Mais je le retiendrai pour vousen faire part... Je vous donne Émilie... Cinna disserte ! il n’est pastroublé ! et il le sera ensuite. Quel est le lecteur qui ne s’attend pas àde violentes agitations dans un tel momenti Si Cinna les éprouvait, siMaxime s’en apercevait, cette situation ne serait-elle pas plus natu-relle et plus théâtrale! Encore une fois, je ne propose cette idée quecomme un doute ; mais je crois que les combats du cœur sont tou-jours plus intéressants que des raisonnements politiques, et ces con-testations qui, au fond, sont souvent un jeu d’esprit assez froid. C’estau cœur qu’il faut parler dans une tragédie. (Y.)