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ACTE II, SCÈNE II.
Les présents du tyran soient le prix de sa mort 1 .
MAXIME.
Mais l’apparence, ami, que vous puissiez lui plaireTeint du sang de celui qu’elle aime comme un père?Car vous n'ètes pas homme à la violenter.
CINNA.
Ami, dans ce palais on peut, nous écouter 2 ,
Et nous parlons peut-être avec trop d’imprudenceDans milieu si mal propre à notre confidence.Sortons, qu’en sûreté j’examine avec vousPour en venir à bout les moyens les plus doux.
1 Cet affermissement de Cinna dans son crime, cette fureur d’épou-ser Emilie sur le lombeau d’Auguste, cette persévérance dans la four-berie avec laquelle il a persuadé Auguste de ne point abdiquer, nefont espérer aucun remords ; il était naturel qu’il en eût quand Au-guste lui a dit qu’il partagerait l’empire avec lui. Le cœur humainest ainsi fait, il se laisse toucher par le sentiment présent des bien-faits ; et le spectateur n’attend pas d’un homme qui s’endurcit, lors-qu’il devrait être attendri, qu’il s’attendrira après cet endurcissement.Nous donnerons plus de jour à ce doute dans la suite. (Y.)
2 Et que peut-il dire de plus fort que ce qu’il a déjà dit ! N’a-t-ilpas, dans ce même palais, déclaré qu’il veut épouser Emilie sur lacendre d’Auguste! Cette conclusion de l’acte paraît un peu fautive.On sent assez qu’il n’est pas vraisemblable que l’on conspire et qu’onrende compte de la conspiration dans le cabinet d’Auguste.
Les acteurs sont supposés avoir passé d’un appartement dans unautre : mais si le lieu où ils sont est si mal -propre à cette confidence ,il ne fallait donc pas y dire tous ses secrets; il valait mieux motiverla sortie par la nécessité d’aller tout préparer pour la mort d’Auguste ;c’eût été une raison valable et intéressante, et le péril d’Auguste eneût redoublé.
L’observation la plus importante, à mon avis, c’est qu’ici l’intérêtchange. On détestait Auguste ; on s’intéressait beaucoup à Cinna :maintenant c’est Cinna qu’on hait; c’est en faveur d’Auguste que lecœur se déclare. Lorsque ainsi on s’intéresse tour à tour pour lespartis contraires, on ne s’intéresse en effet pour personne : c’est ce quifait que plusieurs gens de lettres regardent Cinna plutôt comme un belouvrage que comme une tragédie intéressante. {V.)
FIN DU SECOND ACTE.
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