ACTE lü, SCÈNE I. 245
Et moi, par un malheur qui n’eut jamais d'égal,
Je pense servir Rome, et je sers mon rival I
EUPHORBE.
Vous êtes son rival?
MAXIME.
Oui, j’aime sa maîtresse,
Et l’ai caché toujours avec assez d’adresse 1 ;
Mon ardeur inconnue, avant que d’éclater,
Par quelque grand exploit la vouloit mériter :
Cependant par mes mains je vois qu’il me l’enlève ;
Son dessein fait ma perte, et c’est moi qui l’achève ;
J’avance des succès dont j’attends le trépas,
Et pour m’assassiner, je Lui prête mon bras.
Que l’amitié me plonge en un malheur extrême 2 !
EUPHORBE.
L’issue en est aisée, agissez pour vous-même,
T)’un dessein qui vous perd rompez le coup fatal,
Gagnez une maîtresse, accusant un rival 3 .
Auguste, à qui par là vous sauverez la vie,
Ne vous pourra jamais refuser Emilie.
MAXIME.
Quoi! trahir mon ami!
EUPHORBE.
L’amour rend tout permis :
Un véritable amant ne connoît point d’amis 4 ,
1 Ces vers de comédie, et cette manière froide d’exprimer qu’il estrival de Cinna, ne contribuent pas peu à l’avilissement de ce person-nage. L’amour qui n’est pas une grande passion n’est pas théâtral. (V.)
2 Ni son amitié, ni son amour n’intéresse. J’ai toujours remarqué quecette scène est froide au théâtre ; la raison en est que l’amour deMaxime est insipide : on apprend au troisième acte que ce Maxime estamoureux. Si Oreste, dans Andromaque , n’était rival de Pyrrhus qu’autroisième acte, la pièce serait froide. L’amour de Maxime ne fait aucuneffet, et tout son rôle n’est que celui d’un lâche sans aucune passionthéâtrale. (V.)
3 II semble, par la construction, que ce soit Emilie qui accuse : ilfallait en accusant , pour lever l’équivoque ; légère inadvertance qui nefait aucun tort. (V.l
* En général, ces maximes et ce terme de véritable amant sont tirés•des romans de ce temps-là, et surtout de VAstrée, où l’on examine sé-rieusement ce qui constitue le véritable amant. Vous ne trouverez