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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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CINNA.

Vous me faites priser ce qui me déshonore ’ ;

Vous me faites haïr ce que mon ame adore ;

Vous me faites répandre un sang pour qui je doisExposer tout le mien et mille et mille fois :

Vous le voulez, j’y cours, ma parole est donnée;Mais ma main, aussitôt contre mon sein tournée,Aux mânes d’un tel prince immolant votre amant,A mon crime forcé joindra mon châtiment 2 ,

Et, par cette action dans l’autre confondue,Recouvrera ma gloire aussitôt que perdue.

Adieu.

SCÈNE V.

ÉMILIE, FULVIE.

FULVIE.

Vous avez mis son ame au désepoir.

EMILIE.

Qu’il cesse de m’aimer, ou suive son devoir.

FULVIE.

H va vous obéir aux dépends de sa vie :

Vous en pleurez?

EMILIE.

Hélas î cours après lui, Fulvie,

Et, si ton amitié daigne me secourir,

Arrache-lui du cœur ce dessein de mourir;

Dis-lui...

FULVIE.

Qu’en sa faveur vous laissez vivre Auguste?

L Priser n’est plus d’usage. Cinna ne prise point ici son action, puis-qu’il la condamne; il dit qu’il adore Auguste, cela est beaucoup tropfort : il n’adore point Auguste; il devrait , dit-il, donner son sang pourlui mille et mille fois. Il devait donc être très touché au moment quece même Auguste lui donnait Émilie. Il lui a conseillé de garder l’em-pire pour l’assassiner, et il voudrait donner mille vies pour lui par ré-flexion. (V.)

2 Ces derniers vers réconcilient Cinna avec le spectateur ; c’est untrès grand art. Racine a imité ce morceau dans VAndromaque :

Et mes mains aussitôt contre mon sein tournées, etc. (V.)