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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE III, SCÈNE IV.

Mais n’appréheiwle pas qu’un autre ainsi m'obtienne.

Vis pour ton cher tyran, tandis que je meurs tienne :

Mes jours avec les siens se vont précipiter,

Puisque ta lâcheté n’ose me mériter.

Viens me voir, dans son sang et dans le mien baignée,

De ma seule vertu mourir accompagnée,

Et te dire en mourant d’un esprit satisfait :

« N’accuse point mon sort, c’est toi seul qui l’as fait;

« Je descends dans la tombe où tu m’as condamnée,

« Où la gloire me suit qui t’étoit destinée :

« Je meurs en détruisant un pouvoir absolu;

« Mais je vivrois à toi si tu l’avois voulu. »

CINNA.

Eh bien! vous le voulez, il faut vous satisfaire,

Il faut affranchir Rome, il faut venger un père,

Il faut sur un tyran porter de justes coups ;

Mais apprenez qu’Auguste est moins tyran que vous.

S’il nous ôte à son gré nos biens, nos jours, nos femmes 1 ,

Il n’a point jusqu’ici tyrannisé nos âmes;

Mais l’empire inhumain qu’exercent vos beautésForce jusqu’aux esprits et jusqu’aux volontés 2 .

théâtral ; mais que Corneille, en faisant l’autre pour un plan différent,n’étoit pas obligé de produire la même impression. Il ne faut donc pasexiger qu’Emilie nous touche , mais seulement qu’elle attache ; et c’està quoi l’auteur a réussi en lui donnant le mérite qui lui est propre, celuid’une noblesse d’ame que rien ne peut abaisser, d’une résolution intré-pide que rien ne peut ébranler. (La H.lt Mais en ce cas Auguste est donc un monstre à étouffer : Cinna nedevait donc pas balancer ; il a donc très grand tort de se dédire ; ses re-mords ne sont donc pas vrais! Comment peut-il aimer un tyran qui ôteaux Romains leurs biens, leurs femmes, et leurs vies! Ces contradic-tions ne font-elles pas tort au pathétique aussi bien qu’au vrai, sanslequel rien n’est beau! (V.)

2 C’est ici une idée poétique, ou plutôt une subtilité : Vos beautéssont plus inhumaines qu' Auguste! ce n’est pas ainsi que la vraie pas-sion parle. Oreste, dans une circonstance semblable, dit à Hermione :Non, je vous priverai d’im plaisir si funeste,

Madame; il ne mourra que de la main d’Oreste.

Ï1 ne s’amuse point â dire que les beautés inhumaines d’Hermionesont des tyrans ; il le fait sentir en se déterminant malgré lui à uncrime ; ce n’est pas lâ le poète qui parle, c’est le personnage. (V.)