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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE IV, SCÈNE II.

Et puis ose accuser le destin d’injusticeQuand tu vois que les tiens s’arment pour ton supplice,

Et que par ton exemple à ta perte guidés,

Ils violent des droits que tu n’as pas gardés!

Leur trahison est juste, et le ciel l’autorise :

Quitte ta dignité comme tu l’as acquise;

Rends un sang infidèle à l'infidélité 1 II ,

Et souffre des ingrats après l’avoir été.

Mais que mon jugement au besoin m’abandonne!

Quelle fureur, Cinna, m’accuse et te pardonne?

Toi, dont la trahison me force à retenirCe pouvoir souverain dont tu me veux punir,

Me traite en criminel, et fait seule mon crime,

Relève pour l’abattre un trône illégitime,

Et, d’un zèle effronté couvrant sou attentat,

S’oppose, pour me perdre, au bonheur de l’État?

Donc jusqu’à l’oublier je pourrois me contraindre !

Tu vivrois en repos après m’avoir fait craindre !

Non, non, je me trahis moi-même d’y penser :

Qui pardonne aisément invite à l'offenser;

Punissons l’assassin, proscrivons les complices.

Mais quoi! toujours du sang, et toujours des supplices!Ma cruauté se lasse, et ne peut s’arrêter;

Je veux me faire craindre, et ne fais qu’irriter.

I Ce vers est imité de Malherbe :

Fais de tous les assauts que la rage peut faireUne lldèlle preuve à l’iiifidcité.

Un tel abus de mots et quelques longueurs, quelques répétitions, em-pêchent ce beau monologue de faire tout son effet. A mesure que lepublic s’est plus éclairé, il s’est un peu dégoûté des longs monologues ;on s’est lassé de voir des empereurs qui parlaient si longtemps toutseuls. Mais ne devrait-on pas se prêter à l’illusion du théâtre! Augustene pouvait-il pas être supposé au milieu de sa cour, et s’abandonner àses réflexions devant ses confidents *, qui tiendraient lieu du chœur desanciens !

II faut avouer que le monologue est un peu long. Les étrangers nepeuvent souffrir ces scènes sans action, et il n’y a peut-être pas assezd’action dans Cinna. jV.)

' Il n’est aueun de ses confidents les plus intimes à qui Auguste osât faire iesaveux qu’il est censé se faire à lui-même dans ce monologue. (P.)